Contre toute attente, j'ai survécu aux derniers jours malgré les louables efforts d'une canicule insistante quoique fortement prématurée. Malgré mon état de cuisson, j'ai même tenté un petit coup de pêche en bas du bled. On est pas bien, Tintin...
Enfiler des waders y compris des respirants est au dessus de ce qu'il me reste de forces. J'ai donc décidé de me restreindre à quelques spots praticables du bord en petite tenue. Au premier, j'ai la joie d'apercevoir deux silures en maraude, un d'environ deux mètres et un plus petit. En XUL, même quand on est comme moi un demi-dieu de la pêche à la ligne capable d'exploits homériques dès qu'il pose un pied au bord de l'eau sans témoins oculaires, ça reste un peu tendu à droper depuis un pont ce genre de bestioles... J'ai donc sagement renoncé à leur montrer qui c'est Raoul.
La rivière a baissé à un tel point que je peux littéralement compter les poissons depuis la plupart des postes. Ceux-ci, poussant la réciproque à un point fortement gênant, ne me calculent pas. Il me faudra donc insister lourdement pour prendre mes premières perches. Ce n'est pas l'ambiance des grands soirs, effectivement... Il faut s'accrocher pour faire de la touche. Et quelles touches...
Je m'en doutais bien mais là, j'en ai la confirmation : le spot est bel et bien mort jusqu'à l'automne et ses pluies espérées salvatrices. Je m'en trouve réduit, c'est dire, à gratter la moindre trouée d'herbiers à la Nymph 27...
L'engin fait mieux que se défendre. Quand je pense que je l'avais commandé pour des parties de pêche en rock-fishing...Mais tant que le facétieux dément de la Maison blanche continuera de jouer à Whack-a-Mollah... Et que la chaleur règnera... On va se contenter de pinsage de proximité.
La taille majoritaire des perches du cru entraîne fatalement un grand nombre de décrochages. Je ne peux que louer mon idée brillante de monter ces têtes plombées avec un hameçon de 8. Cela dénote un cruel manque d'ambition, je vous l'accorde, mais quand on voit l'état de la rivière, on est bien obligé de s'adapter. Sauf que d'ordinaire, on commence vers fin juin...
Par bonheur, au milieu des perchettes, j'enregistre une nouvelle satisfaction : une perche-soleil vigoureuse n'a fait qu'une bouchée du simili Easy Shiner en 3 centimètres. Je sais, parfois, il faut savoir se satisfaire de peu...
Bref, vous avez compris, c'était une soirée bien chaude, bien fatigante mais avec quelques (minuscules) prises au compteur. Dès que j'ai senti que mes pâles mollets poilus blafards d'occidental décadent viraient au rouge brique, j'ai fini de faire le kéké. Les moustiques, il est juste de le dire aussi, ont participé avec leur fougue proverbiale à cette décision de repli.
En conclusion, tout cela est accablant. Si j'étais encore ce pétulant ruffian roulant sans casque en 103sp, écoutant à fond Iron Maiden tout en fumant d'énormes pétards de drogue hilarante, il est évident que je me serais paré de tous mes séduisants atouts de palmipède pour tenter de secouer du moustachu. Mais à mon âge, quand on se lève avant l'aube pour profiter d'une vague voire illusoire fraîcheur, le soir venu, on est plus qu'un débris chenu...