C'est qu'on y prendrait presque goût à ces intermèdes bucoliques sur les bords d'une rivière encore timidement humide et ne sentant pratiquement pas la vaisselle sale oubliée tout un week-end au fond d'un évier vert-de-gris. Retour aux spots accessibles donc et c'est le leurre aliexpress dont je chantais les louanges hier qui me sauve de la bredouille. Une coque peinte, lestée d'une chute de plomb et tout ça fait un leurre-kamikaze de très bon aloi pour défier l'accrochage au milieu des bouillées de myriophylles.
Il y a l'air d'avoir de l'activité au delà des herbiers de bordures. J'hésite à enfiler les waders pour y aller voir de plus près. Mais je reviens vite à la raison. Il est trop tôt pour adopter le parfum Crapaud mort. Je vais plutôt pilonner les trouées entre les herbes avec mon Pencil 47 de récupération... Il n'y a pas de raison, j'ai raté un aspe correct avec ce leurre pas plus tard qu'hier !!!
Pas d'aspe à l'arrivée mais un combat atypique avec deux bass piqués sur le même leurre !!! Voraces les loustics, non ? Ils ont bien calmé le coin en s'agitant en tous sens par contre... Me voilà obliger de changer de coin... Pas de problème : le Pencil 47 est efficace partout manifestement...
Sur un coup de tête, je me décide à pousser puisque j'ai pour une fois le temps jusqu'à un coin archi-viandé. Là, pour le coup, il a pris une claque... Quel phénomène étrange.
Il me reste un peu de disponibilité pour pêcher mais j'hésite quant au choix du spot. Je tente donc en désespoir de cause de dandiner un Grass Minnow entre les herbiers et ô surprise, ça marche...
C'est pas glorieux, je vous le concède, mais comme on dit, faute de mieux...
Après ça va cinq minutes... D'ailleurs, tiens, en parlant de cinq minutes, le moment de revenir à des occupations plus terre-à-terre arrive déjà : je profite du chemin du retour pour dandiner de plus belle...
Là encore, pas de miracle à attendre sur un spot si peu profond mais malgré tout, ce sont quelques pin's supplémentaires qui me font l'amitié de poser quelques secondes...
J'avais un peu effrontément amorcé un projet de pêche cet après-midi mais il faisait beaucoup trop chaud au soleil pour que je me risque dehors. Vivement la semaine prochaine, si le cagnard ne revient pas nous assommer...
J'ai repris, l'échine courbée par le poids infamant du joug d'un destin cruel, le chemin de l'aliénation (chichement) salariée car il faut bien s'occuper un peu avant la Grande Extinction. La chaleur qui tient bon est un frein majeur à la libre expression de mon art mais par chance, durant la matinée, j'ai deux heures de libres dont je peux avec adresse convertir les trois-quarts en pantalonnade aquatique !!!
Bien évidemment, j'évite le port toujours périlleux de waders risquant de me transformer en truc gluant diffusant aux alentours un vague parfum d'espadrilles moisies. C'est en short que j'affronte le monde sauvage, ce qui, il faut l'admettre, me limite à certains spots pas toujours excellents.
Mais j'y assure mon quota de pin's sans trop forcer, c'est tout ce que je demande...
J'ai même pris le temps de pêcher deux spots différents ce matin. Après avoir repéré un groupe de chevesnes corrects en surface, je tente subrepticement de les piquer avec un insecte aliexpress flottant. Rien à faire, ils sont totalement hermétiques à son charme frétillant. Moulinant comme un fauve pour ramener l'engin, PAF, à la lisière des herbiers, une fort jolie perche le gobe, part en cabriole et se décroche.
Damned. Et le pire reste à venir puisque sur le second spot, à mon immense surprise, c'est un...Brochet de largement plus de 80 centimètres qui se pique une seconde sur un leurre aliexpress destiné à l'Area, une coque de 3 centimètres de long peinte par mes soins. Bon, par chance, il ne s'est pas bien piqué car en XUL, avec une pointe en 16/100ème, au milieu de la jussie, des myriophylles et des amas de cyanobactéries, je ne partais pas vainqueur non plus...
J'ai terminé tranquille au Pencil 47, loupant au passage un aspe qui paraissait correct mais qui s'est facilement décroché dans le fouillis végétal. Comme d'habitude, suis-je tenté de préciser, ce petit leurre de surface a remporté un franc succès.
Allez, zou, c'est pas tout ça mais il serait peut-être grand temps de pêcher sérieusement, non ?
Après avoir délibérément ciblé le carassin pendant deux bonnes heures, nous n'avons pas pu éviter la faute de style. Soit un parcours désespérément vide, sur lequel je ne prendrais qu'un seul misérable chevesne. Le choix des parcours suivants sera facilité par l'impérieux besoin de rester à l'ombre... Hélas, le premier spot ne tient pas les imprudentes promesses que, par impétuosité mal placée, je lui prêtais.Benoît y gratte péniblement quelques perchettes et je n'y prends qu'un petit chevesne.
Au deuxième spot, heureusement, nous trouvons quelques poissons assez coopératifs. Le moral remonte.
Je n'étais pas encore allé pêcher ce spot cette année. Bon, on va faire court, il n'y a pas d'eau comme ailleurs mais un léger courant oxygène assez le coin pour que les rares poissons qui y survivent tant bien que mal soit encore mordeurs en ce début d'après-midi.
Cependant, on ne va pas non plus se mentir : la taille moyenne des prises est peu élevée...
Le rythme des prises a augmenté dès que je suis passé à l'Aji Ringer. Hasard ou pas ? En tout cas, malgré le peu de profondeur du bief, il m'a permis de prendre de la perchette à un moment de flottement.
J'ai un peu tendance à user de superlatifs laudateurs lorsque je m'emballe et que je me mets à hurler que ce petit shad est un truc à avoir absolument. Mais mon psychothérapeute m'a assuré que les crises finiraient par s'espacer.
En attendant, l'Aji Ringer m'a donné l'occasion de bien ratisser un courant propice quoique peu profond. Son efficacité n'est plus à démontrer. Bien sûr, inévitablement, il arrive qu'une perche se décroche et là, on est bien obligé de changer de leurre tellement le poste est exigu...
Retour donc au Grass Minnow Ecogear, celui-là même qui avait leurré le premier poisson du jour, un carassin. Retour efficace car c'est lui qui me rapporte le plus "gros" (tout est relatif...) chevesne du jour.
Le soleil est déjà haut dans le ciel, notre forme supposée olympique s'avère légèrement surévaluée et il commence à être temps de se diriger vers un commerce de bouche ouvert dans cette steppe aride...
Nous piquerons quelques poissons par ci par là mais il faut se résigner bien malgré nous au constat sans appel : la chaleur n'accable pas que les pêcheurs. Les poissons aussi sont partis se reposer à l'ombre.
Dernier baroud d'honneur donc pour un autre coloris d'Aji Ringer avant le repli vers les agapes. Finalement, nous en terminerons là, trop cuits pour rechausser nos waders. Le bilan comptable semble satisfaisant avec une soixantaine de poissons à peu de choses près mais le réalisme oblige à admettre que sans l'improbable alevinage surprise de carassins, on aurait trouvé le temps long entre les touches...
Et revoilà les Forts des Halles !!! Depuis la veille de l'ouverture, je n'avais pas encore eu l'occasion de reformer avec Benoît ce duo de fantaisistes fameux qui a fait tant de mal à l'image responsable de la pêche de demain du futur moderne. Le Fishing Cloube en dormait sur ses deux oreilles. Le réveil a été brutal.
En effet, la partie de pêche a dérapé dès les premiers coups de ligne. Benoît entame les débats par un...Carpeau. Nan ? Si !!! Je n'ai pas trop le temps de me morfondre dans le dubitatif que...Paf... Je prends un...Carassin. Au Grass Minnow. Sur une tête plombée d'un gramme.
Le ton est donné. C'est du n'importe quoi. Et le pire, c'est que cela va durer...
Heureusement que Benoît retrouve quelques instants un semblant de dignité et revient aux fondamentaux. Un sandre... Dans ce qui reste de la rivière. Alors là...Chapeau bas !!!
Ce sursaut d'amour-propre, ce moment de grâce halieutique, hélas, ne fut qu'un feu de paille. Car le poisson-roi du secteur était incontestablement le carassin. Un véritable carnage. Au bout de quelques prises, j'en suis arrivé à trouver l'infaillible technique : le split-shot.
Mais pour aussi incroyable que cela puisse paraître à un pêcheur connaissant ses classiques, j'ai même fini par en prendre un au... IC Minnow Smith. On était franchement dans un univers parallèle... J'ai eu beau fouiller dans mes souvenirs, jamais je n'avais eu à faire face à ce genre de faux pas malgré mon lourd passé !!!
Comme me l'a alors confié mon complice du jour, il devenait évident que lorsque nous pêchons ensemble, nous développons une sorte d'alchimie malsaine tirant la pêche moderne du futur de demain vers le bas.
Il est vrai que se lever dès potron-minet pour pêcher la seule rivière où subsiste un timide courant à 100 kilomètres à la ronde et se retrouver à empiler les carassins aux leurres...
Plongé trop prématurément dans l'univers de la semaine travaillée, je me dois de faire face humblement au drame. La canicule est déjà de retour, la rivière est basse et son fond délicatement recouvert d'algues bleues dégueulasses à souhait. Heureusement, ce matin, j'ai presque deux heures de pause, ce qui est plus qu'il n'en faut pour renouer avec une pratique express du pinsage ligérien !!!
Premier lancé, première touche, un kiki bass qui, d'une auguste pirouette, se décroche. Le Pencil 47 ne pardonne pas. J'en rate coup sur coup une bonne demi-douzaine avant de mettre au sec le moins dégourdi de la bande, j'imagine. Le spot étant très accessible, il est sur-fréquenté. Je me décide donc après avoir repérés quelques poissons dans le peu de courant disponible à downsizer mucho mucho la bouchée proposée...
Ouf, c'était la solution. Les perches répondent présent sur un split-shot velouté manié d'une main soyeuse par un des spécialistes mondiaux de la technique aussi beau que musclé avec son QI de 723 (oui, je sais, on s'éloigne un peu de la réalité mais que voulez-vous, il se trouve que l'expression "idiot du village" a été déposée à l'INPI par Julien Odoul). J'ai beau être d'une modestie pathologique, j'aime autant vous dire que je me la pète en technicolor auprès du public présent. Une cane. Mais je débute...
Bref, à force de forcer, avec mon micro-machin, je pique le poisson-surprise, un gros bass !!! Le salopiot. Le combat s'éternise fatalement et ce fumier en profite lâchement pour frotter les tas de merdes algueuses, ce qui transforme mon fil en guirlande et finit par se décrocher à mes pieds. Bordel. Détendez-vous. Allez à la pêche qu'ils disaient...
Par chance, quelques minutes plus tard, je suis récompensé par la plus noble des prises qui soit. L'heure a sonné, il est temps de reprendre le chemin de l'esclavage salarié. Spartacus, j'écris ton nom...
En ce qui concerne l'autre volet de la glorieuse narration de mon dimanche halieutique, le titre s'avère des plus explicites : la ferraille a fait parler la foudre. Pourtant habituée des hécatombes, l'AR-S Blux a connu un jour compliqué car je n'ai en tout et pour tout pris qu'une seule perche avec. En même temps, la rivière était si basse et claire que le coloris de celle-ci était tout sauf discret...
Une antiquité a su, elle, se montrer redoutable sur les radiers les moins profonds, la Luxor Vogue agrémentée d'un petit trailer en poils oranges. J'ai encore en stock moult antiquités à tester mais les canicules enchaînées m'ont fait prendre un retard que je redoute désormais insurmontable.
Enfin, on ne la présente plus : la Mepps Aglia numéro Zéro, elle aussi "upgradée" avec le petit toupet ondulant à merveille dans le courant et poussant à la faute les perchettes en série !!!
Là, je suis tranquille, je possède un stock conséquent et surtout, j'ai le bon goût de n'en perdre en moyenne qu'une par an...
C'est mon anti-bredouille de sécheresse...
Mieux qu'un long discours : la profondeur idéale pour un spot à prospecter à la Luxor Vogue...
Entre le Pencil 47 et ces différents types de cuillers, j'ai pris un peu plus de quarante (petits) poissons en environ quatre heures de pêche. J'ai entraperçu quelques chevesnes corrects, certes, mais vu la faible profondeur des spots, autant vous dire qu'ils m'avaient vu avant que je les vois, les petits salopiots...