mercredi 1 juillet 2026

Un crépuscule bien précoce

Pendant que la pêche d'en haut, les yeux vissés sur son Livescope, écume triomphalement les grands lacs hexagonaux en une quête effrénée du spécimen adipeux, celle d'en bas se contente de fréquenter les pédiluves provisoires n'attendant qu'une ou deux semaines supplémentaires sans précipitations pour se transformer en oueds asséchés. Les chevaliers blancs de l'éthique en toc peuvent déjà affuter leurs poignards trempés dans le fiel, je m'en tamponne le coquillard. En effet, ces pauvres poissons seront morts dans quelques jours. Quand on finit un parcours où l'été d'ordinaire on ne pêche que le tiers en waders par sécurité, là, on sait que c'est plus que mal barré pour la rivière...

Pourtant de manière assez stupéfiante, quelques poissons ont échappé aux hérons. Rien de comparable évidemment avec la densité de poissons et le taux de prises qui étaient la marque de ce spot l'automne dernier malheureusement. Une petite Celta suffisait cependant pour pinser ces perchettes inexorablement condamnées...



Enfin, une Celta, je me comprends, hein. Elle a été recyclée dans les grandes largeurs, la pauvre... Avec un hameçon simple sur lequel je devrais, il me semble, rajouter un teaser mais, chut, chaque chose en son temps. Je suis en congé dans deux semaines et comme il ne restera probablement plus une goutte de flotte aux alentours, j'aurai du temps pour bricoler...



Je ne sais pas dans quel état les milieux aquatiques de la région vont atteindre l'automne (ou au moins les premières pluies conséquentes...) mais je suis d'un pessimisme à toute épreuve tant les ravages sont flagrants. Il reste encore six semaines d'arrosage rien que pour le mais. Pas besoin de vous faire un dessin, c'est un putain de cauchemar...


Alors oui, prendre quelques poissons qui vont indubitablement mourir dans la ou les semaines à venir, oulala quel manque d'éducation, bouh le vilain, l'affreux prolétaire hirsute. Sauf que sur ce blog, les archives le prouvent, je radote depuis des lustres chaque été en annonçant ce qui allait arriver et qui se produit actuellement au contraire de toutes ces têtes de gondoles sourire colgate occupées à se lustrer l'ego et à marketer leurs merdouilles toujours mieux que celles du voisin, qui n'ont jamais eu un mot sur la qualité des milieux sinon pour se plaindre de l'alevinage un peu juste. La pseudo-élite qui se vantait il n'y a pas si longtemps d'être capable de faire 900 bornes dans le week-end pour aller pêcher à l'autre bout de la France, ne s'arrêtant que pour manger au Mc Do et qui donnait des leçons de morale à tout va, elle est où ? Au même point que le viandard couperosé ayant perdu ses derniers neurones en 2002, accusant les écologistes de la sécheresse, les cormorans de la raréfaction du brochet et le silure de l'assassinat de Robert Boulin (oui, ils sont imaginatifs) ? 


Bien énervé, je me suis fini sur un seuil depuis lequel j'ai pris en série les rares poissons survivant tant bien que mal en aval pour les relâcher dans le bief amont où il restait beaucoup plus d'eau (et c'est pourtant violemment relatif, je vous l'assure !!!).


Je ne sais pas si j'ai assurée la survie de ces quelques perchettes et d'une dizaine de petits chevesnes mais bon, dans le doute...



Bien sûr, tout le monde s'en fout du sort des petits poissons d'une petite rivière excluant par ses dimensions l'usage d'un bass-boat pétaradant. Elle peut crever. Comme les gosses de prolos dans leur école en parpaings, les vieux dans leurs hospices et les travailleurs au soleil. Je vois des cadavres d'oiseaux partout où je m'arrête. Est-ce que le gros de la populace saisit vaguement que nous ne sommes plus très loin sur la liste ? J'en doute fort.



Le "sauvetage" de ces poissons, geste dérisoire à l'échelle d'un pays, aura été ma "bonne action" du jour. Sans que je me fasse d'illusion sur ce qui les (nous !!!) attend à court terme avec les chaleurs qui reviennent.



Ah, j'allais oublier... J'ai pris deux écrevisses de Louisiane aux leurres (une à la Celta et l'autre à l'Aji Ringer). Au moins la mort programmée des poissons de cette rivière profitera à quelqu'un...


Allez, un Temesta et au lit...




...

 







lundi 29 juin 2026

Pause fraîcheur sur une berge ombragée

De retour à l'aliénation salariée, en plein bug informatique, il m'en a fallu de l'abnégation pour parvenir en début d'après-midi dans un état compatible avec la pratique halieutique de faible intensité. J'avais délaissé le combo XUL, remplacé par le L... Attention, ça ne rigolait plus. Sauf que... Arrivé sur le parcours, je déchante vite fait. L'eau est claire en bordure et les poissons me voient. Ouille. Bon, aux grands maux, les grands remèdes !!! Aji Ringer pour tout le monde...

Les conditions sont tout sauf idéales : vent latéral, niveaux bas, classe verte composée de mômes hurlant la Marseillaise, coupe du monde oblige... Comme pratiquement toujours depuis le mois de mai, je me retrouve sur ce parcours à dandiner du leurre souple sous la canne. Avec toutefois un bref intermède risque-tout avec quelques poissons chipés au Arawuna sur TP maison à palette et à l'AR-S Blux...

Le gros du carnage, habitude prise, a été réalisé à l'Aji-Ringer. Mais j'ai essayé aussi les shads Elite Lures d'Aliexpress avec un succès relatif : un joli bass a tapé dessus directement sauf qu'il m'a cassé au ferrage. Trop confiant, le pépère, ou alors rendu peu méfiant par les empilages de perchettes ? On se le demande...

Bref, une sortie légère, au frais ou à peu près, sans enfiler des waders au goût moite et soutenu. J'ai toujours mon float-tube à réparer, des chaussures de waders correctes à commander et surtout une danse de la pluie à apprendre sur youtube pour sauver la saison. Donc tant que je ne serais pas en vacances et/ou équipé de pied en cap, va pas falloir s'attendre trop à des miracles...

Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait mais la perspective d'une troisième canicule déboulant comme un lance-flammes sur la soupe lundi prochain, ce n'est pas le truc à me rendre super primesautier...


samedi 27 juin 2026

Tout va bien

 


Canicule Fishing 12

Le samedi, c'est toujours un peu spécial. Je ne trouve du temps pour pêcher que tôt le matin ou en soirée. Aujourd'hui, les températures étant à la baisse de manière drastique, je me suis octroyée une petite séance sur un spot où, pendant un bref arrêt pipi cette semaine, alors qu'il faisait un petit 41 degrés, j'avais à ma grande surprise vu des chevesnes et des bass chasser des libellules. Sauf qu'en arrivant, détail fâcheux, il y a eu entre temps une explosion de lentilles d'eau. Damned !!!


Difficile de patater du stickbait dans la salade. Je renonce à mes rêves de gloire en surface et replonge dans la dégradante manie du leurre souple de petite taille, sauveur émérite de tant de bredouilles annoncées. Contre toute attente, je prends immédiatement quelques poissons et c'est heureux car je n'ai pas toute la journée.

Je prends quelques poissons aux petits souples Reins avant de trouver le Mojo : tête plombée articulée, hameçon texan et Swing Impact 2". Je n'avais pas pêche ce coin depuis au moins quinze ans, lui préférant des parcours plus longs mais je me suis souvenu au bon moment de l'existence d'une fosse (relative, hein, en ce moment...) et j'y ai donc insisté...

Un sérieux banc de perches l'occupait, mes souvenirs ne m'avaient donc pas trompé !!! J'ai pu en profiter un bon quart d'heure avant que les occupantes commencent à subodorer quelque chose...



Il faut dire aussi que pêcher lorsqu'il fait à peine plus de 20 degrés, c'est légèrement plus appréciable que quand il en fait 30. Au dessus, je ne sais pas et je ne suis pas tenté le moins du monde de mettre ma santé en jeu pour essayer...

Au bout de quelques lancés sans touche, j'ai pris acte de la cessation d'activité et j'ai décidé de finir rapidement sur un spot ravagé mais où, si on sait où elles se dissimulent, il est toujours possible de piquer une ou deux perches...

Alors oui, d'accord mais dans le temps, elles étaient plus grosses...

Par un petit clin d'oeil, c'est le Aji Ringer qui a conclu la sortie comme elle avait commencée. Je ne me suis pas éternisé plus que ça non plus. Les 20 degrés initiaux étaient en train de lorgner méchamment sur les 30 et mon frêle épiderme de valétudinaire blafard fumait déjà en laissant une odeur de bacon égayer les environs.


Une partie de pêche rapide mais quelques poissons tout de même, il va falloir s'y résoudre cet été (et peut-être au delà...). C'est très très mal barré pour une saison de haute volée...


 

vendredi 26 juin 2026

Canicule Fishing 11

Ce n'est, j'en conviens, ni éthique ni moral ni rien de tout cela, mais au terme d'une semaine à siffloter "sac au dos dans la poussière..." pour remonter un moral plus chancelant que Renaud le soir du Beaujolais nouveau, il fallait que je me bouge un minimum. Je n'ai pas été déçu de voir que nos amis productivistes continuent d'arroser des centaines d'hectares de céréales déjà cramées, comme tous les ans, hein, me direz vous, d'accord sauf que là, les rivières sont à l'agonie trois mois (!!!) avant l'automne calendaire. Je me suis retrouvé à devoir pêcher l'amont d'un seuil pour transférer les poissons pris en aval dans un bief considérablement plus important et surtout beaucoup plus profond. Je ne sais pas si ça leur permettra de survivre à l'enfer qui nous attend (ben ouais, qui serait assez idiot pour penser que juillet et août ne remettront pas un coup de chalumeau dans nos petites vies douillettes ?) mais bon, je me suis donné bonne conscience à peu de frais...


Quelques rares trouées au travers des herbiers avachis m'ont permis de taper quelques poissons rapidement grâce à mon antiquité miracle habituelle. Rien de bien gros, vous pensez, ce n'est pas une surprise. Partir pêcher en pleine après-midi alors qu'il fait 30 degrés et avoir l'impression de pêcher au frais, ça, oui, par contre, c'était de l'ordre de l'inédit...

Mais je ne suis pas vraiment à plaindre si je me réfère aux nouvelles terrifiantes qui viennent de partout : rivières à truites à sec de la Côte d'or à la Haute Savoie, bras de Loire et marais de Brière transformés en piège mortel pour des dizaines de milliers de poissons... Ce que je prédisais, comme beaucoup de collègues, depuis plus de 20 ans est là. Certains blâment les "suspects habituels" (les AAPPMA qui "foutent rien", cocasse commentaire venant de gens qui le plus souvent n'adressent la parole à leurs représentants que pour connaître où et quand sont lâchées les truites...), d'autres les écologistes (il paraît que c'est à cause de leur "dictature verte" qu'il y a trop de sable en Loire, ce qui, évidemment, tue les poissons...). Très peu arrivent à faire le lien entre agriculture productiviste, réchauffement global et la mort de nos terrains de jeu. En effet, la fin de la pêche ne sera pas causée par les agités de PAZ, les cormorans ou Sandrine Rousseau. Il faut vraiment être un putain de Néandertal au liquide céphalo-rachidien remplacé par de l'Anjou-Village pour y croire mais hélas, le milieu de la pêche en compte un sacré tas d'experts certifiés buvette, front bas et idées courtes... La fin de la pêche, de la biodiversité puis de la vie tout court, nous la devrons aux salopards cupides de la Fnsea, aux fascistes couperosés de la coordination rurale et aux raclures de politicards sans aveu d'Attal à Genre d'âne en passant par Wauquiez et autres sombres merdes dont la liste est beaucoup trop longue.

Après nous avons aussi à porter la croix des chevaliers blancs halieutiques : ceux qui défoncent sur les réseaux sociaux le jeune qui a pris un bass la veille de l'ouverture "officielle" mais qui n'hésitent pas à s'afficher goguenards avec un poisson à bout de bras lorsqu'il fait 40 degrés...Mais ils sont où, mais ils sont où, mais ils sont où, les Pharisiens... 

Après, bon, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier mais il y a quand même des bonnes tâches dans nos rangs. Vendredi matin, pendant ma pause, j'ai vu des cadors en action en train de pêcher le brochet sur des spots en pleine cagnasse, profonds de 20 centimètres et surtout totalement vides d'ésocidés depuis des décennies. Un vieux au vif, trois jeunes aux leurres, des experts... Car s'il y a bien deux poissons à ne pas pêcher quand il fait chaud, ce sont le brochet et la truite. Pour la truite, c'est réglé, les deux seules rivières où il en reste(rait) un peu sont fermées définitivement et pour le brochet, sauf alevinage surprise, là où je pêche, je suis à l'abri d'en piquer un...

La situation est inédite même si on a frôlé à plusieurs reprises le désastre ces trente dernières années. Je suis tellement tributaire de l'activité pêche que je me retrouve totalement désarmé devant la perspective qui s'annonce. Une catastrophe annoncée depuis si longtemps, merde...


Bref, pour l'instant, une partie de la rivière reste en l'état pêchable, les poissons y sont encore actif et le peu de courant qui y reste m'a permis de relâcher les poissons pris dans des conditions sinon idéales, du moins par létales. Mais s'il ne pleut pas, à un moment ou à un autre, le couperet va s'abattre.

L'équation est simple : il reste trois mois à tenir, dont deux mois de prélèvements agricoles intensifs et les niveaux d'eau n'ont jamais été aussi bas. En toute objectivité, on est dans la merde comme jamais on a été.

En attendant, j'ai transféré quelques poissons vers un bief aval où, pour le moment, il y a plus d'eau et moins de cyanobactéries. Je n'y ai pas traîné trop longtemps non plus car même si tout est relatif, 30 degrés au soleil, ça finit par lyophiliser un poil un pinseur déjà rudement secoué par une semaine à thermostat 8...

 
 
Une petite pêche salvatrice, pour les poissons pris comme pour moi, c'était tout ce que je demandais...

 


 

On va tous crever mais l'économie avant tout !!!