Disons les choses : ce blog ronronne, s'installe dans une confortable routine à force d'empilages casaniers de poissons rétifs. J'ai trouvé un rythme de croisière, certes, mais les limitations d'usages concernant les leurres m'obligent à rester toujours un peu dans la même gamme. Or ce n'est plus tenable, il est temps de changer, grand temps même à quelques jours de l'ouverture. C'est pourquoi j'ai décidé d'installer un peu de vigueur, de péripéties, bref de testostérone en ébullition afin de reconquérir un public de jeunes actifs à fort pouvoir d'achat. Ou du chat, c'est selon...

C'est donc en compagnie de la Terreur de la Chézine, le Napoléon de la teigne à hélice, Benoit quoi, que nous sommes descendus en terres maillochistanaise pour une compétition de haute volée !!! Nous aurions pu être trois mais hélas, le célèbre Bourreau de la Boutonne a été contrôlé positif au Zizi Coin-Coin et s'est donc retrouvé suspendu à titre conservatoire. Espérons que la sanction sera levée d'ici samedi prochain car une ouverture sans ce champion légendaire aurait autant d'intérêt qu'un brunch avec Raphael Glucksman...
Pour débuter la journée, c'est l'improvisation qui domine puisque nous commençons sur un autre spot que celui prévu (sans le savoir, nous avons eu raison car celui visé au préalable était bien boulé). Il fait bien frisquet, le vent de nord-est est soutenu et l'eau est cristalline. Une heure sera nécessaire avant que je puisse enfin ouvrir le compteur avec un rotengle à la LarvaZ !!! Ouf, on a failli attendre.
Je rejoins Benoit sur la berge en face où il harcèle avec une louable insistance en proposant une teigne artificielle à des cyprinidés dubitatifs. Je le dépasse en le laissant à ses machiavéliques projets pour (difficilement) entamer une série de petits chevesnes toujours à la Larvaz montée sur une tête plombée 0,3 grammes. On est clairement dans la traque du spécimen ou je ne m'y connais plus !!!
Au bout de quelques centaines de mètres, je fais demi-tour et, repassant évidemment sur tous les spots raclés à l'aller, je change de leurre souple en optant pour une larve aliexpress de basse extraction. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle plait aux poissons du coin !!!
C'est plutôt pas mal étant donné le vent agaçant qui entrecoupe de ses rafales les dérives déjà hasardeuses de nos petits leurres. Je finis par retrouver mon compère et là, nous échangeons nos impressions de baroudeurs des pampas : Benoit a 8 rotengles au compteur, moi seulement 3 mais j'ai une bonne douzaine de chevesnes pour compléter.
Sur le chemin qui nous ramène à la voiture, je dégaine le joker Tanta, autorisé dans ce département précis, et j'étoffe ma série avec une perche et plusieurs autres petits poissons.
Le Tanta me ramène mène un kiki bass surgi de nulle part... Il est presque midi, nous pêchons depuis trois heures et j'ai péniblement atteint puis dépassé la vingtaine de pin's. Il est temps donc de nous restaurer et de souffler un peu avant d'entamer la seconde partie de cette joute impitoyable entre mythomanes compulsifs champions de pêche sportive...
Le repas pris à l'ombre d'une haie, à deux pas du fleuve tranquille, nous permet de repartir sur des bases nouvelles : le secteur est moins bien fourni en herbiers, le soleil tape dur, ça n'annonce pas une pêche facile.
Nous commençons par faire fuir les rares perches-soleil visibles. Bravo, ça part fort. Au fur et à mesure que nous progressons le long de la berge, nous n'avons pas une touche. Cool... Il faut attendre l'ombre portée du premier arbre rivulaire pour voir une perche !!!
Mais ça ne bouge pas du tout de chez pas du tout. Benoit reste en arrière à peigner méticuleusement les spots, moi, je fonce au bout du parcours, à la limite d'un terrain privé et là, miracle, je prends le plus beau poisson de ces contrées. Hourra.

Nous rebroussons donc chemin à la limite de la dépression nerveuse pour explorer sans trop de conviction la berge dans l'autre sens quand j'ai une inspiration magistrale en retrouvant au fond de ma musette ma dernière Stone Fly Fish Up tenant à peu près sur une tête plombée minuscule. Là, au milieu du fleuve, un énorme chevesne se met à suivre la fausse larve dérivant doucement et...Paf !!! C'est un autre qui lui grille la politesse et gobe le leurre !!! Ferrage de samourai sous EPO et combat musclé en XUL !!! Le chevesne, gras comme un sénateur de droite qué s'appellerio Gérard, finit dans l'épuisette qu'opportunément Benoit a dégainé avec sa maestria coutumière. C'est alors que nous réalisons un enchaînement gaguesque des plus remarquables. Benoit se propose de me prendre en photo avec le monstre, j'opine et lui tend mon téléphone alors que je suis agenouillé sur une passerelle d'une fiabilité plus douteuse que la neutralité éditoriale de France Info. La suite se devine... Je me saisis du poisson, je glisse et celui-ci retourne à l'eau par ses propres moyens pendant que je me rape le genou en tentant un impossible geste de rattrapage. Damned. Bon, on est évidemment morts de rire et puis ça m'évite une lourde pénalité vu que le règlement du YPC interdit formellement la prise de poissons de plus de 20 centimètres sous peine de lourdes sanctions.

Quelques dizaines de mètres plus loin, rebelote mais là, c'est une jolie perche qui finit par casser et partir avec ma dernière Stone Fly. Je suis dégoûté et je me décide donc à monter un Tanta 25 pour me passer les nerfs sur les ablettes. Pendant ce temps, Benoit, lui, traverse un temps faible : pas une touche depuis un bon moment. Le truc terrible qui arrive à un moment à tout pêcheur, on perd on ne sait comment le mojo et on se retrouve à essayer plein de trucs sans parvenir à retrouver le fil. Quand on est tout seul encore, on peut faire une pause, se reposer, réfléchir mais quand on pêche à côté d'un gros gougnafier qui harcèle tout ce qui nage en bordure à l'hameçon de 16, c'est une torture !!!
Au bout de deux heures à ce régime cruel, nous décidons de lever le siège alors que Benoit vient de prendre enfin un kiki bass salvateur et repartons gaillardement vers le premier spot. Maintenant qu'il fait plus chaud, qui sait si les gros poissons ne vont pas sortir ?
Hélas, là aussi, la galère accompagne nos pas lourds et nous faisons une nouvelle pause à l'ombre tant le soleil agresse nos épidermes fragiles sans que les poissons ne se précipitent sur nos animations minimalistes et compensent ainsi notre cuisson continue.
Nous ne prenons que de rares cyprins avant de décider une audacieuse pirouette : descendre loin en aval. Ce qui va se révéler totalement désastreux puisque nous ne pêcherons même pas ces biefs bien marronnasses.
L'après-midi touche à sa fin. Que faire ? La réponse est limpide : se rabattre sur les valeurs sûres. Direction les barques à l'ombre desquelles quelques poissons vont se montrer plus coopératifs, d'autant que j'ai eu la bassesse de mendier à Benoit une Stone Fly !!!
Selon les standards des lieux, la pêche n'a pas été non plus hyper productive mais de barques en barques, le moral revient petit à petit en enchaînant les perchettes sur un rythme nonchalant... Le vent commence à faiblir, parfait...
La
Stone Fly Fish Up, une fois de plus, montre toute l'étendue de son potentiel de séduction multi-espèces.
C'est donc sur ce dernier parcours ensoleillé que nous avons terminé la journée. La pêche n'a pas été facile, surtout à cause du vent. Mais nous avons pris un peu plus d'une soixantaine de poissons, avec parmi eux deux gros qui ont toutefois réussi à échapper à la photo par la faute de ma proverbiale maladresse. Le lendemain de pêche a été difficile, le physique ne suit plus à partir d'un certain âge, ma pauvre dame !!! Mais l'ouverture arrive et demain est un autre jour !!!