Les rivières sont en crue un peu partout, je reprends demain le chemin de la mine et, entre nous, même en prenant le soin de passer une heure entre deux averses à remplir mon seau de vers à queue plate et autres têtes noires, le temps s'écoule lentement quand on a pas une ou deux perchettes sur le feu. Autant poursuivre le rangement des petits trucs récupérés au vide-grenier et franchement, une fois encore, on ne peut que constater à quel point l'opération dégraissage des effectifs s'est lamentablement terminée.
Certes, je me suis débarrassé de quelques cannes dont je n'avais plus l'usage. Mais d'un autre côté, j'ai acheté tout un tas de leurres qui vont m'obliger à racheter des boîtes de rangement. Le cercle vicieux. Mais entre nous, reconnaissez que je ne pouvais passer à côté d'un modèle de cuillère Celta que je ne possédais pas et le coloris de ce petit crankbait Iriku était un authentique pousse-au-crime.
Sans compter que j'étais assis à côté de Benoît qui bradait un nombre effarant de leurres vintage. Autrement dit un piège implacable. Quand je pense que l'espace d'un bon quart d'heure, j'ai cru que j'allais tenir bon et vendre sans acheter la moindre babiole. Ah pauvre fou...
Voilà où mène l'oisiveté forcée que nous impose le législateur, tiens...
Je n'étais vraiment pas loin de tenir mon défi de début d'année : aucun achat de matériel de pêche en janvier. Hélas, j'ai accepté de faire un vide-grenier pêche dans le Pays de Retz en compagnie de Benoît. En soi, l'épreuve était tout sauf insurmontable mais j'ai lamentablement failli à mes résolutions que je pensais inflexibles en revenant avec tout un tas de petits trucs. Pour commencer, j'ai soutenu la création artistique en achetant un simili Whopper Plopper conçu et réalisé à l'aide d'une imprimante 3D. Pour la modique somme de 8 euros, voilà un bien bel objet, tellement beau que j'en viens à hésiter à le mettre à l'eau au printemps (espérons que ces pudibonderies de civil démocrate ne soient qu'un trouble passager...).
Contre 3 autres euros, j'ai récupéré un lot de Barn 40 Caperlan qui devraient s'illustrer à l'ouverture de la truite si les frontières du Maillochistan restent ouvertes malgré les tensions mondiales autour de la production locale de Zizi-Coincoin. Un leurre classique mais qu'on oublie trop facilement d'utiliser tant la mode est volatile !!!
Après moult hésitations, finalement, je n'ai pas acheté ce petit livre. J'adore le graphisme de la couverture mais à un moment, il faut savoir aussi se calmer. Des livres de pêche, j'en ai une caisse pleine et mes journées ne font que 24 heures.
Comme à chaque vide-grenier, ou presque, j'ai déniché de bons vieux Rapala modèle Original (flottant). Là encore, à deux euros-pièce, c'est une affaire doublée d'une prime à la nostalgie. Soupirs.
Un vide-grenier, c'est aussi l'occasion de croiser d'autres pêcheurs et de discuter le bout de gras pour en arriver, hélas, souvent au même constat de dégradation des milieux naturels. Sans compter que le monde de la pêche est "petit" puisque presque tout le monde se connaît, au moins dans le département au sens large. Bref, malgré un début de journée cataclysmique avec la pluie diluvienne incluse, on ne s'en sort pas trop mal. Enfin, en ce qui me concerne, si l'on oublie que l'objectif initial était de repartir plus léger qu'à l'arrivée, on pourrait même (en faisant preuve d'un énorme culot) parler de réussite totale...
Revenons, si vous le voulez bien, sur ce fameux leurre glané aux branches basses d'un arbre bordant une petite rivière ploukistanaise que nous connaissons bien. Ce Whopper Plopper chinois avait été noué au bout d'un fluorocarbone propre à remonter le Titanic lui-même et la tresse l'accompagnant participait elle aussi de la même démarche plaçant la finesse et la légèreté au coeur du projet. Bref, lorsque le quidam qui l'a lancé en dépit du bon sens s'est vu emberlificoté, il a tiré comme un bourrin et patatras, l'hélice qui fait du Whopper Plopper ce leurre sans égal s'est vue rabotée encore plus drastiquement que le budget de l'égalité hommes-femmes dans une région de droite. Enfin de droite dure. Enfin de droite nationale. Enfin, bon, on est entre nous, d'extrême-droite, quoi. Privé de son remarquable appendice, que pouvais-je encore en retirer de cette bouse, me direz-vous ? Et bien, je vous remercie pour cette question d'une pertinence rare.
Je savais (et le rangement frénétique qui a précédé un imminent vide-grenier me l'a confirmé) que quelque part dans mon infâme bordel que j'ose appeler coin pêche alors qu'un observateur objectif trouverait à l'endroit plusieurs dizaines de points communs avec la plus grande décharge de Djakarta, se trouvait un Grub de grande taille. En repeignant les restes du Whopper Plopper, il m'est venue l'idée de coller l'arrière de ce Grub d'une taille conséquente afin d'en faire un leurre hybride flottant afin de buzzer d'importance à la surface de bassines de fermeture sur lesquelles je lorgne.
Voilà où j'en suis pour le moment. J'envisage de l'armer avec un hameçon double d'une taille adaptée. Pourquoi pas non plus le lester pour le rendre à densité neutre ? On verra ça. En attendant, je me retrouve avec un leurre supplémentaire dans la catégorie "Brochet"... Super, ce sont ceux dont je me sers le moins.
Il est universellement convenu qu'en début d'année, les pêcheurs "qui comptent" -dans tous les sens acceptés du terme-nous exposent, à nous, humbles mortels, l'étendue de leur talent à travers des "bilans de capture" du plus achevé comique. Il va de soi que je sais que les réseaux sociaux ne drainent pas les brèmes les moins baveuses du canal, certes, mais il y a quand même un certains nombres de followers énamourés qui devraient arriver par eux-mêmes à se dire : "Trop fort, ce King Size Fishing 75, dans l'année à peine 300 sorties, zéro bredouille (malgré 10 crues, 4 vagues de froid et 2 mois de canicule record...) avec une moyenne de 10 brochets dont un métré, 15 sandres, 18 truites, 45 perches et 12 chevesnes par sortie... J'aimerais un jour pouvoir faire pareil afin de générer une admiration béate de la part d'un public affublé d'un QI de bivalve à peine suffisant pour bosser comme rouleur de joints à Frontières..." Et bien, jeune influenceur en devenir, crois-en tes rêves car malgré les apparences, c'est très facile. En effet, il suffit de mentir. Voila, c'est dit. Le mensonge, quelle jolie chose, elle sauve des mariage, des carrières politiques et même des réputations de chevaliers de la gaule qui n'ont plus besoin de s'ancrer dans le réel, voire le crédible...
Pour commencer, quel pêcheur "sérieux" peut décemment affirmer qu'il atteint la moyenne de 10 brochets par sortie dans le domaine public sans faire sourire son auditoire ? Et 45 perches ? Par sortie ? En MOYENNE ? Bon, après, quand tu n'es jamais bredouille parce que tu es béni des Dieux, que ton caca sent l'ourson en guimauve et que tu as gagné tous les concours de pêche de San Francisco à Hokkaido en passant par Châteauroux, ça peut aider. Justement, tiens, c'est amusant, je le suis rarement bredouille, pas parce que je suis bon. Non, juste parce que je connais les limites de mes spots, que je pêche pas trop gros et que je vais souvent au plus facile car je n'ai en général que peu de temps disponible en semaine et une demi ou une journée le week-end à consacrer aux perchettes. Dans ce cadre précis, je crois pouvoir affirmer que les sorties à plusieurs dizaines de poissons, disons plus de 20 dans la sortie, sur l'année dernière, je les compte sur les doigts des deux mains et encore... Beaucoup de poissons rime, à quelques exceptions près, avec petits poissons. Et puis, 300 sorties ? 5 000 poissons ? Vraiment ? Mais où trouve-t'il toute cette énergie, Pinocchio ? Mentez nous mieux les gars, mentez mieux... Ou alors devenez conseillers de Trump, au moins vous serez payés pour vos capacités de communicants.
J'avais commencé il y a peu un article sur le recyclage d'un leurre trouvé gisant dans les branches basses surplombant une petite rivière du Ploukistan occidental. Hélas, pendant la rédaction d'icelui, à quelques encablures de la sortie du dimanche de fermeture, la gastro du Millénaire s'est abattue sur mon frêle organisme. Suspension du bricolage, abandon par la force des choses de mes rêves de pinsage frénétique et passage en mode survie. Au terme de trois jours pénibles, j'émerge à peu près ce soir. Il était temps. Avec un peu de chance, je pourrais même retourner au travail mercredi mais n'anticipons pas, oulalalalala.
Parmi les points positifs à dégager de ce bref épisode, il me faut mettre en avant le fait de ne pas avoir dépensé d'essence pour la fermeture ni perdu de leurres en quelques tentatives aussi hasardeuses que désespérées de prendre autre chose qu'une perchette format cacahuète. Oui, je tente de sublimer ma frustration ainsi que 72 heures à gargouiller du bidou en redoutant la faute de goût, ça se voit tant que ça ou quoi ? Finalement, après consultation du sorcier local agrée par la sécurité sociale, je suis un homme libre jusqu'à lundi matin. Enfin, libre, je me comprends. Dans la limite de mes moyens physiques, ça ne me portera pas beaucoup plus loin en cas d'urgence que la salle de bains...
Ce n'est donc que tout à l'heure que j'ai été en capacité de renouer avec mon activité hivernale favorite : trier mes amas de vieilles cuillères rouillées. Parmi elles, il y a quelques spécimens que je crois artisanaux mais je n'en suis évidemment aucunement sûr étant donné que je pratique l'affabulation à grande échelle depuis que je sais me connecter à un ordinateur au cas éventuel où cela aurait échappé à votre sagacité.
Cependant, je possède aussi des témoignages de la grande époque, celle des cadors, des grands anciens, des gusses qu'on en causera encore dans cent piges. Th. Joly "le Tourbillon", 1930, la qualité française, ça, c'est pas du boulot d'arpête, j'aime autant vous le dire tout de suite avant qu'on ne dérape dans l'euphémisme mièvre, dans le dérivatif filandreux, bref, qu'on en fasse des caisse pour minorer le chef-d'oeuvre.
Tiens, une Pezon & Michel... Pas d'époque manifestement vu l'état, plus probablement une production tardive visant à abuser de la crédulité de gogos tels que moi, je suis une éternelle victime de mercanti peu scupuleux, tiens, ça me déprime, remets-moi donc un smecta-poire, Roger.
Ah oui, bon sang mais c'est bien sûr. Ces Olympiques numéro 4, totalement oubliées, viennent heureusement compléter les petites tailles déjà en ma possession maniaque. Ça tourne comme une horloge, ces petites bêtes là !
La Rafale, ah la Rafale, la fierté des ateliers d'Amboise, la ruine des poissons de la Loire !!! Encore un témoignage d'une époque révolue, celle du savoir-faire français de Frrrrrrance, bon dieu !!! Excusez-moi, je m'emporte, mais imaginerait-on le général de Gaulle affublé de bésicles de blouson noir aphasique dire en public merde aux Amerloques tout en jaspinant leur patois de lourdingues avec un accent d'Indre-et-Loire ?
Un mercredi, ce n'est pas qu'un milieu de semaine, le jour des enfants ou je ne sais quelle autre baliverne fournissant à peu de frais un vague repère temporel aux gugusses comme moi, le nez dans le guidon, focus sur le week-end et ses turpitudes salvatrices. En ce qui me concerne, le mercredi, en temps normal, signifie une après-midi de liberté à consacrer à la pêche à ligne moderne de demain etc, etc... Mardi soir, en passant par une ville peu éloignée, j'ai constaté avec une surprise teintée de ravissement que la rivière y coulant était d'un niveau et d'une clarté autorisant les rêves les plus fous du pinseur d'élite. Hélas, la nuit a été pluvieuse plus que de raison, le vent soufflait férocement le mercredi matin et j'ai dû, la mort dans l'âme, me résoudre à me morfondre à domicile en une habile préparation de ce qui m'attend les 3 prochains mois, hélas...
Mon avant-dernière chance de pêcher aux leurres en seconde catégorie avant la fin de chantier m'a donc été refusée par une pluviométrie d'anthologie. Il ne me reste donc que dimanche pour faire feu de tous bois. Le froid revient, paraît-il. On verra bien ce qu'il adviendra. Toutefois, je ne baisse pas les bras : j'ai même entamé la préparation du matériel indispensable pour récolter du lombric. Autant jouer la prévoyance, si les eaux restent aussi boulées, vous ne croyez pas ?
Finalement, pour cet avant-dernier dimanche avant la Fermeture, je me suis retrouvé tout seul à arpenter les chemins de ce qui était jadis un parcours de street-fishing de rêve. Oui, jadis, car aujourd'hui, ce n'est plus pareil, on y enquille plus une douzaine de perches par poste, loin de là même. Pourtant, par extraordinaire, à l'aube, je tombe sur une chasse peu discrète éclatant les ablettes sur un haut-fond. Le bilan est désastreux. Je décroche une jolie perche et me fait casser par une autre probablement du même calibre. En XUL, la marge de manœuvre reste étroite. Je ne me décourage pas et dans la foulée, je casse encore, sur un très gros chevesne. Oh bordel... Un Xanax, vite !
Il faut que je me calme. Un coup d'œil sur l'heure m'indique que mon complice présumé a probablement été victime soit d'une panne de réveil soit d'un contrôle routier d'alcoolémie. En l'attendant, je repère un leurre LMAB pendant à une branche. Oh oh oh, c'est un travail pour Super Récupérateur !!! La collection de leurres pour le brochet s'agrandit.
Il est pratiquement 10 heures du matin et je dois donc l'admettre : je suis parti pour une traversée du dimanche poitevin en solitaire. Autant s'appliquer pour éviter la bredouille. Bon, non sans mal, j'arrive à picorer quelques pin's de ci de là mais c'est vraiment laborieux.
La matinée ne sera pas de trop pour dépasser avec peine la demi-douzaine de pin's. À la fin de celle-ci, je croise la route d'un félin quémandeur de poissons frais qui me portera bien la poisse car en une heure de compagnonnage, je ne prendrais rien du tout. Merci le matou...
Heureusement après que le chat se soit laissé convaincre par une sardine offerte par une mamie compatissante et plutôt pessimiste quand à mes capacités à nourrir la bête, j'imagine, je réussis contre toute attente à prendre un joli rotengle au Swing Impact 2" !!!
Il est midi passé. Je suis rincé. Le temps de prestement avaler une ration de survie à base de pâté Henaff et de pain de campagne, me revoilà redevenu cet athlète à la démarche souple de grand fauve qui a encore fait (pas de fausse modestie entre nous) la couverture d'Arthrose Magazine le mois dernier.
Continuant le pèlerinage, je m'arrête sur une conche en aval sans rien y prendre du tout mais en repérant deux brochets postés. C'est bon à savoir mais hélas, un peu tard pour cet hiver.
Je décide donc de finir la sortie sur une autre conche où je ne croise personne. Seul un vifeur rougeaud et taciturne est avachi en lorgnant d'un oeil hagard ses flotteurs couchés. Le pauvre ne savait pas encore que le pire restait à venir. En effet, autant la matinée a été galère, autant cette dernière halte s'est révélée hors-norme.
En effet, à la grande fureur du quidam attendant vainement depuis l'aube qu'un de ses bouchons ne frémisse, je suis à peine arrivé que j'enchaîne les touches, les poissons mais aussi les décrochés. Un festival. Pourtant il y a très peu d'eau sur le spot mais il est rempli d'alevins et logiquement de poissons ayant suivi le garde-manger !!!
J'ai même l'occasion d'apaiser quelque peu mon bad buzz récent au sein de la communauté influente des chats domestiques par quelques lancés de chevesnes aux minettes m'observant depuis la berge d'en face. Désolé de cette entorse au no-kill mais je me devais de satisfaire mon public attitré.
En quatre fois moins de temps, je prends finalement à peu près trois fois plus de poissons que sur le secteur urbain pourtant poncé dans les grandes largeurs. Disons le, cette fin de session sauve psychologiquement ma journée. Une orgie de pin's, voilà qui reste une excellente manière d'entamer l'ultime ligne droite avant la Fermeture !!!