Je sais qu'en ces temps pré-apocalyptiques il est de bon ton de consacrer son temps à hurler à l'injustice quant au prix du litre de diesel sans être en capacité, ne serait-ce qu'un fugace instant, d'en discerner les mécanismes causaux, d'invoquer la sacralité des principes républicains pour se trouver une justification bancale à un vote d'extrême-droite, voire d'imaginer que tout ira vachement mieux une fois qu'on aura supprimé toutes les règles de protection sociale et environnementale. Cela s'appelle l'idiocratie et Aurore Bergé est son prophète. Amen. Heureusement, pour échapper à ce tourbillon de connerie en perpétuel mouvement, j'ai découvert l'escapisme (si vous me passez cet anglicisme). C'est à dire, comme son nom l'indique, une activité permettant de se retrancher du tumulte social sans queue ni tête, de son lot de déceptions et du sentiment profond de lassitude qui en résulte. Le budget annuel de l'Education nationale est de 76 milliards à peu près. Si avec cette force de frappe financière conséquente, on a pas réussi à convaincre Gérard, Mathis et Shirley que voter nazi, ce n'est ni bienveillant ni efficace (à moins de vouloir glorieusement finir comme compost entre Stalingrad et Berlin, évidemment), je ne vois pas ce que je pourrais faire de mieux.
Bref, l'escapisme, en ce qui me concerne du moins, se résume à traîner au bord de l'eau, en solitaire ou en bonne compagnie, tout en essayant de berner la vigilance d'un ou deux poissons durant un laps de temps variable. Dit comme ça, bien sûr, ça paraît assez peu enthousiasmant pour les jeunes qui préfèreront évidemment vandaliser des abri bus et foncer à deux sur une trottinette électrique à contre-sens en agglomération en riant comme des hyènes sous protoxyde d'azote. Quant aux vieux, du moment qu'on les laisse baver sur Facebook des inversions accusatoires révélatrices d'une démence sénile galopante, ils sont les plus heureux des cons.
Curieux hasard, samedi prochain, c'est enfin l'ouverture de la pêche en rivières de première catégorie (j'ai prudemment évité d'écrire le mot "truite", on ne sait jamais...). Les six prochains week-ends seront donc consacrés, au moins en partie (sauf fermeture totale du détroit d'Ormuz...), à la pêche dans des cours d'eau dans lesquels, selon les textes anciens, il y aurait eu des truites jadis.
En tout cas, il y a toujours des chevesnes et des perches dedans. Sans oublier, la chose serait injuste, que de braves bénévoles bravant intempéries, état d'ivresse manifeste et trous de ragondins y déversent chaque année quelques dizaines de kilos de Farios, histoire de maintenir la tradition malgré les atteintes aux milieux naturels causées en toute impunité par qui vous savez.
Allez, plus qu'une semaine !!!




































