mercredi 8 novembre 2023

Nouvelles fraîches du temps jadis

Bon, on ne va pas se mentir, le mois de novembre n'est pas parti pour devenir une référence absolue dans l'empilage ostentatoire de perchettes. Il pleut, il mouille et ça casse les couilles. Impossible de se promener au bord de l'eau sans crotter ses chausses en dérapant dans la bouillasse. L'achat d'une fourche semble d'ores et déjà s'imposer afin d'aller sans retenue dropshoter du lombric dans les contre-remous même si cela risque de nuire à l'image moderne de la pêche de demain du futur, j'en suis bien conscient, mesdames-messieurs les juré.e.s !!! C'est pourquoi, histoire de ne pas laisser moisir ce blougue, je tiens à porter à votre connaissance des savoirs antiques oubliés des générations actuelles. Poil aux écrouelles. Revenons donc si vous le voulez bien en 1930...

 



La Pêche du Chevesne en Hiver

 

"Depuis peu mes fonctions m'ont appelé dans un petit village, tout près d'une rivière. Le "Sor" coule ses eaux sales et toujours lentes à 150 mètres de mon habitation. En cette saison, il n'y a guère que le chevesne qui morde à fond. Comme appât : rate de boeuf ou, à défaut, foie. Un seau plein de sang mélangé à de la terre glaise suffira à amorcer les coups. J'avais déjà essayé ailleurs cette méthode et elle m'avait pleinement réussi. Ici, quelques touches, quelques prises mais...Ce n'était pas ça.

Un jour, comme je tentais vainement ma chance, arriva un indigène : le tailleur du village. "ça mord ?"-Ma foi, lui dis-je, ça pourrait mordre mieux. Bah ! Bah ! "Y étendais pas riéz !!!" (Vous n'y entendez rien en patois du Tarn). Vexé dans ma vanité d'amateur, je ne puis m'empêcher de le regarder de travers et d'éclater de rire en voyant son attirail. "Vous riez, me dit-il ? Rira bien qui rira le dernier." 


 

Un morceau de bambou de trois mètres, un aiguillon, quoi !!! De la ficelle et un peu de crin de Florence un peu là. Le tout, terminé par un hameçon n°7. A côté de lui, une barre de saule de deux mètres, portant à une extrémité un sac d'emballage fermé, plein de bouse pétrie avec de l'argile. A l'hameçon, un morceau de rate, encore un peu là.

"Vous permettez ? me dit-il, la place est bonne." Intrigué par ses manoeuvres, je le laisse faire. Il prend sa barre, s'approche et vas-y donc ! à taper de toutes ses forces sur le fond de l'eau. "Et bien mon vieux, si vous avez une touche, je vous paie l'apéro en rentrant !!!" Toujours goguenard, il sondait, prenait bien son fond et le voilà en pêche.

Chers amis, il faut l'avoir vu pour le croire !!!


 

En dix minutes, le temps de poser et lever, 7 chevesnes, pas très gros, 200 à 250 grammes pièce. "Il n'y en a plus, me dit-il, après un moment sans touches. Allons voir plus loin."

Et là, il recommence à taper. Trois touches... Dont deux se décrochent et, à l'aide de mon épuisette, je luis sors un poisson de près du kilo...Et la pêche continua. Sa musette était pleine. Il augmenta sensiblement le contenu de mon panier.



Je fus tout heureux de lui payer l'apéritif. Amis lecteurs, ce n'est pas une galéjade.

Depuis je fais comme le tailleur du village et je ne connais plus la bredouille !!!"


M.Barthe, instituteur public, Blan (Tarn)




 

 

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