lundi 24 avril 2017

Oui-Oui contre Dracula

L'expression "sondage électoral" est rarement associée spontanément à une vigoureuse endoscopie anale pratiquée par des extra-terrestres sadiques. A moins que l'on ne s'appelle Jacques Cheminade et que l'on s'exprime au sujet d'expériences proctologiques d'au delà de la Voie lactée. Reconnaissons là tout de suite qu'il s'agit d'un cas particulier statistiquement discutable et quelque part assez éloigné de la déontologie galactique censée réguler les rapports sociaux entre espèces évoluées. Ceci précisé, rentrons dans le vif du sujet. Si l'on tient compte de l'opinion du pékin moyen (bien évidemment en données corrigées des variations saisonnières gracieusement fournies par l'Université Bogdanoff Bros de Gif-sur-Pinèze, je suis un mec sérieux...), il apparaît de manière irréfutable qu'un "sondage électoral" n'est jamais qu'un indicateur à l'instant "t" de ce que le blaireau-lambda est supposé faire de son plein gré, en toute possession de ses facultés mentales et sans être le moins du monde influencé par les 2500 passages à la télé ces 5 dernières de l'inénarrable Florian Philippot. C'est à dire que ce brave citoyen, irrépressiblement mû par une conviction profonde, viscérale et réfléchie, va glisser dans l'urne un bulletin "allez tous vous faire foutre : Marine vite !!!". Ce qui reviendrait selon la formule désormais consacrée à "sonner le glas de la démocratie". Le seul antidote donné comme efficace à ce poison devient donc le vote d'adhésion béat d'un optimisme primesautier pour le séduisant jeune homme si brillant (mais non, pas Philippot, suivez un peu !!!) abonné depuis des lustres aux couvertures de Paris Match, aux éditoriaux laudateurs (sauf dans Valeurs actuelles, Tiercé magazine et autres revues confidentielles pour gros rougeauds pas fins bien sûr^^) et dont les promesses œcuméniques de croissance à deux chiffres  font se pâmer la chèvre abstentionniste tout en éveillant un inavouable désir d'avenir sensuel chez le chou apolitique habituellement renfrogné...





Disons le sans ambages : dès le départ, l'homme du commun est plus désarmé face au pilonnage sondagier et au conditionnement médiatique que ne peuvent l'être un hérisson devant un tractopelle ou un écologiste devant un gendarme mobile. Lobotomisé par l'aspartame, les chaînes d'info en continu et la pression immanente des huissiers de justice prêts à saisir l'automobile acquise à crédit dans l'inavouable dessein de sublimer sa condition sociale peu glorieuse en consacrant ses week-ends à la briquer à grandes eaux dans le parking du HLM sous les yeux jaloux des chômeurs longue durée caressant à la fugace quelques rêveries incendiaires ; le roturier n'a en matière de choix électoraux qu'une faible et de toute façon illusoire marge de manoeuvre puisqu'au final, mis au pas par le discours dominant répété à l'envie, il se retrouvera irrémédiablement contraint de confier les clés du camion à un énième joueur de pipeau en tête de gondole. Lequel, une fois élu, mettra un point d'honneur à imiter ses prédécesseurs car il avait dès le départ à peu près autant l'intention (et le plus souvent la possibilité matérielle...) de respecter ses promesses que Vladimir Poutine n'entretient le projet secret de reprendre pendant le prochain défilé militaire sur la Place rouge l'intégrale de la discographie d'Abba perché sur des platform-boots à paillettes pendant que son petit corps musclé serait admirablement moulé dans une robe que n'aurait pas reniée la Donna Summers de la grande époque...

 

En fait, faire vivre la démocratie, ça peut avoir selon les époques bien des définitions. Ne pas donner le nom de ses copains lorsque un milicien s'applique à vous passer consciencieusement  les arpions au chalumeau dans la petite pièce du bas en sifflotant "Maréchal nous voila". Monter,  baïonnette au canon, à l'assaut du moulin de Laffaux pour ne pas que les Prussiens viennent baguenauder sous l'Arc de Triomphe. Faire face aux CRS dans le parfum des grenades lacrymogènes pour défendre son emploi, ses convictions ou la survie du crapaud-buffle hermaphrodite de Haute-Ariège, là, oui, O.K, la démocratie, la liberté, tout ça, là, ça cause... Par contraste, on peut donc, sans malice, se demander le prix que certains privilégiés accordent à la notion de liberté quand elle n'est pas tout simplement celle de s'en goinfrer plein la panse à coups de prébendes douteuses, de jetons de présence en commission-bidon et/ou d'assistanat parlementaire fantôme...
Une nouvelle fois, on a été gâtés par la qualité des candidats cette année...

Car c'est, j'imagine, inévitablement au plus grand bénéfice de la Patrie que de régaler les potes sur l'argent des impôts (à moins que ce ne soit seulement celui des banquiers attendant l'inévitable retour d'ascenseur ?), comme hier soir, à la Rotonde, où Oui Oui 1er, digne successeur de Monsieur Patate, a pu célébrer, en toute intimité, entouré de ses juvéniles soutiens tous plus modernes les uns que les autres (Jacques Attali, Line Renaud, Daniel Cohn-Bendit, Stéphane Bern, ventre saint-gris, ça vend du rêve^^), le triomphe de la nouveauté nouvelle du centrisme dans le vent. Qui risque fort d'acter le retour aux moeurs de la IVème république, voire aux tripatouillages oubliés qui firent la renommée par delà les siècles de ces fabuleux "crapauds du marais" qui triomphèrent jadis sous le Directoire...Et qui finissent toujours avec leur adresse coutumière par amener un jour ou l'autre le pays qu'ils parasitent si près de l'abîme qu'on finit inexorablement par avoir droit à une bonne petite dictature...


De l'autre côté du ring, on a du lourd. Vu qu'elle ou ses fidèles teckels (pardon, lieutenants^^) squattent les médias au quotidien depuis des années, on la connaît, l'ogresse. On a eu beau la ripoliner la façade, prendre soin de cacher à la cave les vieux ratonneurs méridionaux sentant la vinasse et de troquer le bomber kaki pour le 3 pièces cintré mais dans l'intimité, on a toujours gardé un coeur d'enfant. Sur le bureau. Dans un bocal. Rien que d'évoquer les premiers pas du Front National, on frémit. Ah on n'en était pas réduits à faire des courbettes au "Système" à l'époque des Glorieux Ancêtres... Pierre Bousquet, ancien de la 33ème Waffen-Grenadier-Division SS "Charlemagne", François Brigneau, ex-milicien, André Dufraisse dit "Tonton Panzer" en souvenir de son engagement à la Légion des Volontaires français contre le Bolchevisme (pour les Nazis, le 638ème régiment d'infanterie...), Pierre Sergent, terroriste de l'OAS, condamné à mort par contumace... Le pauvre Jean-Marie à l'époque, c'était le dédiabolisé de la bande en tant qu'ancien élu de la IVème... Je vous épargnerais même les Stirbois et les Duprat, négationnistes bien sous tous rapports, trop tôt disparus, fauchés en pleine gloire, l'un par des freins sciés, l'autre par 10 kilos d'explosifs reliés au démarreur, tout ça juste avant de (précisemment...) faire de l'ombre à Le Pen-père... Le hasard est curieux. Il provoque des choses... Du coup, c'est qu'il  en paraitrait presque sympathique, à côté, le premier de la classe, tiens...

Pour en terminer avec les affreux jojos coucousophobes, d'un point de vue strictement darwiniste, se retrouver avec Bay, Philippot et Maître Mollard en vitrine, ça fait nettement moins burné quelque part pour un parti dont les racines remontent aux "temps héroïques" de la lettre patriote autant qu'anonyme à la Gestapo, du portefeuille en peau de Viet-Minh et de la Gégène pour Tous... Bref, il n'y a pas photo entre les deux. Oui-Oui contre Dracula, c'est comme choisir entre Nemo et le Grand Blanc des Dents de la Mer. Entre le rhume des foins et Ebola. Entre un ongle incarné et une gangrène gazeuse. A priori, à moins de cultiver l'empathie singulière d'un Hubert Caouissin ou le brillant sens tactique d'un Dupont-Niaignan, le choix est vite torché. Sauf que le binaire pavlovien, moi, ça commence à me gonfler menu. J'ai déjà donné. En 2002, j'ai participé à mon humble niveau individuel à procurer à Super Menteur un score électoral propre à rendre jaloux un maréchal africain, voire un despote turkmène. Une fois, ça suffit. Tu t'endors avec Jean Moulin, tu te réveilles avec Raffarin... Si c'est pour se fader Stéphane Bern à la Culture au nom de l'ouverture à la société civile, je dis "stop"...D'un autre côté, la façade de la Kommandantur, même repeinte, laisse toujours à penser qu'il s'y passe des choses à la cave...

En ce moment, c'est Mélanchon qui est désigné comme le dernier des fumiers. Comment donc !!? Le mec considéré comme plus dangereux que Pol Pot à une semaine du premier tour par 90% de la presse privée n'appelle pas à voter explicitement pour le candidat néolibéral ? Quelle surprise... Ah non, pardon, quelle horreur... Le voila passé de communiste sanguinaire à celui de fasciste masqué... Et ses électeurs, alors ? Quelle bande de nazes, de pousse-mégots, de gagne-petit, hein... Tous ces smicards analphabètes qui ne veulent pas comprendre les bienfaits qu'ils retireront d'une suppression de l'ISF... Quelle misère... Par contre, étrangement, pas un mot dans Challenges, l'Express, le Monde et consorts pour évoquer (ni, tu m'étonnes, à fortiori questionner moralement...) ces 15 millions d'électeurs qui ont voté, eux, sans états d'âme excessif pour les deux candidats mis en examen...

 
Voter Macron, c'est d'une certaine façon, se retrouver réduit à se soumettre aux mots d'ordre de types à la probité tatouée sur la truffe comme (au hasard^^) ce faux-derche de Baroin ou ce vieux crocodile sournois de Cambadélis, comptables de décennies d'échec, de gabegie industrielle et qui confondent la "Démocratie" avec leur gagne-pots de vin-pain élevé au niveau d'une rente à vie. "Sauver la liberté" serait-ce donc voter pour, à terme qu'on le veuille ou non, renforcer les causes du vote FN afin de simplement préserver une classe politique démonétisée en lui offrant 5 années de plus à ne pas subir les conséquences de son inanité ? Physiquement, moralement, mentalement, éthiquement même, ça risque de m'être impossible. Ou alors je vois déjà le problème épidermique pas dans le manuel me tomber en réaction sur la couenne... Quant à imaginer une nanoseconde que je puisse voter Le Pen en accordant un millionième de gramme de crédibilité à ses promesses... Sérieusement, ce serait descendre, comme Christine Boutin, sans caisson de sûreté dans les abysses au niveau de ses électeurs, ces formes de vies plus qu'inquiétantes, quasiment aveugles, couvertes d'écailles visqueuses, au Q.I de clé à molette et surtout bien fournies en dents qui coupent... Ouille. Résultat de l'embrouille, on se retrouve dans une situation proprement intenable pour qui n'a pas pour seul idéal l'argent facile ou la haine raciale : "on croit voter contre le fascisme et on plébiscite l'ultra-libéralisme" pour maladroitement paraphraser Anatole France. Bref, dans l'absolu, vu le programme de Macron (et son flou inquiétant par endroit...), j'ai bien peur que l'on ne fasse que reculer l'échéance...



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