mercredi 9 janvier 2019

Camarade Chevesne

Pourquoi ce titre, un brin provocateur et rappelant une époque révolue où les pauvres avaient un espoir (hum...) d'amélioration de leur condition sans être obligés d'attaquer les bâtiments administratifs à grands renforts de tractopelles pour obtenir une revalorisation catégorielle portant sur 0,001% du montant du revenu médian ? Tout simplement parce que j'ai trop souvent la pénible impression que le chevesne fait figure de poisson "inférieur", méprisé, un mal aimé comme Claude François l'est dans sa chanson intitulée fort à propos "le mal aimé", d'ailleurs, tiens, c'est marrant, cette coïncidence…


Car s'il est un poisson bien prolétarien, mal dégrossi voire ancillaire ( je sais, je sais mais je peux pas m'en empêcher...) à prendre régulièrement aux leurres, il s'agit bien évidemment du chevesne...N'allez pas croire cependant que son extraction populaire en fasse le gogo idéal, le pendant aquatique du contribuable moyen, un individu aboulique et naïf, capable de se contenter de la cantine du boulot, d'une innocente accoutumance à "Plus belle la vie " et d'un vague Plan d'épargne pour sa retraite...Non, vous feriez une grave erreur !!!




Le chevesne est un dur, un tatoué, d'une méfiance légendaire, confinant à la paranoïa...Pathologie si grave chez lui qu'on ne la trouve à ce niveau d'intensité que chez les militants du RN, la plupart des habitants de Gaza et un ou deux administrateurs de forums-pêche poitevinaires !!! Fin de la parenthèse...Pas de polémiques...A l'inutile, nul n'est tenu !!! Oh bien sûr, c'est un cyprinidé...Un poisson "inutile" comme aiment à le qualifier les thuriféraires de certains archontes de bassines. Oui, c'est sûr, on peut faire confiance à ces brillants spécialistes, à l'avis plus qu' autorisé...Pourquoi en effet s'embêter à pêcher un truc qui ne se mange pas ou qui ne fait pas beau sur les photos ?  


En plus, ils sont durs à faire mordre en général...Autant s'attaquer au black-bass, une boule de nerfs cyclothymique dotée du cerveau de Paris Hilton, certes, mais au moins, c'est ultra-tendance !!! Quel dommage car le chevesne peut atteindre une taille fort honorable… Vraiment un poisson de gros keuplous de base… Un poisson tout court, donc !!! Une cible offrant l'avantage énorme d'être active par temps de canicule comme par temps glacial, de se trouver partout en rivière comme en fleuve ( comme il est salvateur d'être considéré comme non-comestible...) et de réagir à une gamme de leurres assez étendue…


Ah gentil chevesne, quel bonheur de te trouver partout où l'eau court un peu à la belle saison ou à l'aplomb des tuyaux d'eaux usées lorsqu'il gèle à pierre fendre !!! Merci de nous permettre de pouvoir encore de temps à autres ressortir nos antédiluviennes Veltics, nos Mepps préhistoriques ou nos tournantes Geologic !!! Quel retour en enfance rafraîchissant, quel bain de jouvence !!! Un vrai bonheur pour tous les pêcheur qui, comme votre valétudinaire serviteur, sont déjà  d'un âge si douloureusement avancé et qui n'ont pas oublié, malgré leur parcours de vie émaillé d'hectolitres de muscadet,  picon-bière et autre eau-de-feu venue des berges de la verte Erin,  avoir été jadis des ferrailleurs en culotte courte, à cette époque déjà lointaine où on était pas obligé de se ruiner en Zenaq, Stella et tonnes de leurres pour se la péter sur les forums à défaut d'assurer au bord de l'eau. En effet, vous pouvez me suivre aveuglément sur ce sujet glissant voire scabreux : on peut très bien ne pas assurer comme un Dieu au bord de l'eau sans se ruiner, camarades !!!


dimanche 6 janvier 2019

Spleen & Out

On a beau dire, on a beau faire, on a beau mentalement se blinder d'une armure de cynisme et d'un casque de résignation en kevlar comme les tatous devraient le faire avant de traverser la Route 66 au nez et à la barbe du truck vrombissant qui les transformera en galette… A chaque ouverture, c'est pareil : à un moment ou à un autre, on se demande ce qu'on fout là...D'accord, on est à la pêche, on y va pour y leurrer quelques poissons et pour justifier à ses propres yeux les investissements dispendieux, les achats compulsifs et autres bricolages laborieusement foireux aux quels on a consacré durant la fermeture nos moments de liberté...C'est humain. Trois mois d'attente, surtout quand on a pas de 1ère catégorie digne de ce nom à sa disposition, ça travaille son homme, c'est indéniable.





Pourtant, au bout d'une semaine, le soufflé retombe, l'enthousiasme se ramollit, l'introspection guette...La faute à quoi ? Au manque de touches ? Non, ça, à force de traîner nos guêtres vaseuses dans le coin, on s'y est habitué… On est bien conscient d'ailleurs surtout au bout de quelques années de pratique que le mois de mai, à moins de gratter les frayères comme un bon blaireau, ce n'est que trop rarement la fête du slip en néoprène.




Non, le truc qui chagrine, navre, pousse même parfois à une grosse déprime métaphysique, ce n'est plus le facteur "poisson" ni le facteur "météo"...Ce sont surtout les "pêcheurs" ( si on peut les nommer ainsi...) que l'on rencontre en ce début de saison qui minent le moral. Des tronches de tueurs d'enfants vêtus de treillis camouflages, le cul dans l'herbe, vinasse en main et surveillant vaguement le feu du barbecue et pas du tout leurs grosses bouées rouges faisant office de flotteur à vif...Des dizaines de canettes de bière vides ( faut bien s'occuper avant l'apéro...) matérialisent le périmètre que s'est arrogé la horde. Quel spectacle...Pas étonnant que l'image de la pêche reste si "hyper fun trop branchée" dans l'esprit du grand public.






L'ouverture, c'est paradoxalement le seul moment de l'année où je ressens un vague malaise à aller à la pêche et à risquer être assimilé, dans l'esprit de la plupart des badauds croisés sur les berges, à cette  catégorie de pratiquants...Effroyablement majoritaire...Et dont le seul objectif est de " rembourser " au plus vite son permis de pêche en empilant carcasses sur carcasses dans son congélateur industriel acheté à crédit. En règle générale, je me soucie assez peu de l'opinion d'autrui mais me retrouver dans la situation d'être confondu avec une population ; dont la fréquentation impromptue vous amène  à songer que la thèse de la disparition totale du rameau néandertalien a peut-être été avancée à la légère ; ce n'est pas du tout le genre de gratification dont on rêve en secret. Je dois être un grand sensible.




mercredi 2 janvier 2019

Dix ans déjà !!!

Le Grub Berkley Powerbait 1"… Un micro-leurre pour micro-rivière.
Comme le temps passe… Et oui, cela fait déjà dix ans que j'inflige à un public certes restreint mais néanmoins complice mes narrations approximatives, mes assertions discutables et autres rodomontades flirtant avec la mythomanie. Dix années de pérégrinations tantôt vaseuses tantôt sableuses qui m'ont conduit des ruisseaux douteux de l'agglomération nantaise jusqu'aux rives de la mer de Chine (pour une bredouille longue distance d'anthologie^^), seul ou accompagné de joyeux comparses résignés à subir mes pantalonnades récurrentes… Dix années de pêche, de rigolade et de crash-test de matériel. Voila qui pose le décor...

Le chevesne urbain, indécrottable résident des sorties de tuyaux aux rejets interlopes...
Oui, déjà 10 ans qu'en la sémillante  compagnie de l'inénarrable Benoît, spécialiste mondialement reconnu du taquinage de pin's, nous nous étions risqués par un revigorant -11°celcius à arpenter les berges gelées d'un petit collecteur de déchets administrativement dénommé rivière… Avec un succès tel que nous nous étions retrouvés abruptement propulsés au rang de légendes urbaines du street-fishing polaire avec toutes les conséquences que cela entraine. Voitures de sport, montres de luxe, top-models sculpturales, lascives et jamais rebutées par une orgie de cocaine… Bref, nous avions alors grimpé plein pot dans le vedettariat halieutique chic et branché !!!

Le fameux goujon carnivore… Celui qui me valut une notoriété aussi soudaine que folle.
Hélas, hélas, hélas… La foule est versatile. Quelques mois plus tard, nous fûmes chassés de l'Olympe du Narcissime goujonesque par quelques godelureaux arrivistes étalant sans pudeur des sandres de 10 kilos et autres beaufs pour comices agricoles exhibant en faisant fi de toute vergogne des bass gros comme des medecine-balls. Depuis nous errons au hasard des rives, rêvant à notre gloire passée tout en éclusant des litres de muscadet tièdasse… Qu'à cela ne tienne. Nous aurons notre revanche. Il reste bien en quelque mare perdue des perches-soleil de 15 centimètres à exhiber au tribunal de l'opinion, foi de Keuplou !!!^^


dimanche 30 décembre 2018

Dernier jet de fiel avant l'année nouvelle...

Bon, c'est la fin de l'année. Les rivières sont en décrue, il fait frisquet et j'ai une patte en vrac. Youpi. En attendant, comme je suis une grosse feignasse et que je n'ai de surcroit pas que ça à foutre, merci, j'en profite pour "recycler" de vieux articles de l'ancien blog en en corrigeant au besoin ponctuation et syntaxe tout en y opérant quelques menus changements… 

Quand vos mocassins Gucci de vacancier blasé au pull Ralph Lauren négligemment noué sur vos épaules tombantes de veule macroniste vous portent par hasard jusqu'aux lisières océanes, prenez le temps, ô puissants, de désespérer en contemplant l'Ozymandias du Populaire décontracté, la citadelle estivale du Gilet jaune des Dunes, le repère des Qui-ne-sont-rien-en-tongs affraid 

La jetée… Lieu maudit, à tout jamais hanté par les mânes des victimes du Lancastria, des copains un poil gluants de Davy Jones voire même, par  vent d'ouest forcissant en soirée, des restes de la famille du docteur Godard… Une antre de perdition, le terminus du crabe vert, le train de nuit du tacaud boulimique, bref l'endroit où vous pourrez croiser, en éprouvant un effarement teinté d'une touche frissonnante d'exotisme, une pittoresque population de viandards barbus en cirés arborant des trognes patibulaires à la couperose ciselée par les embruns qui, s'il en était besoin, proclament  haut et fort  leur fierté d'infliger le spectacle de ces épidermes de "Bretons de souche" travaillés depuis des décennies à  grands renforts de cépages à la renommée confidentielle à la vue du monde civilisé voire des hépatologues muets d'effroi... drunken 

Parmi cette  population bigarrée composée pour la majorité d'autochtones taciturnes ne se nourrissant que de bigorneaux entre deux apéros, vous remarquerez aisément quelques  touristes dénoncés illico à votre vigilance par leurs flasques mollets blafards d'employés de bureau essayant pitoyablement d'inculquer quelques valeurs survivalistes à leur insignifiante progéniture de marmots blasés élevés aux SMS, à Dragonball Z et à l'aspartame... Rolling Eyes




La tête de maquereau ligotée au fond du carrelet fera bon ménage avec les plombs grappins de 200 grammes sur nylon 60/100°, tendu comme un Malien pendant un contrôle de police, balancés comme il se doit bien en travers du courant et faisant du coup office de corde à linge pour paquets d'algues en goguette geek


"Qu'est ce qui vous a fait baptiser votre bateau le Vengeance, capitaine ?"



Cirrhose sur le gâteux, vous pourrez même apercevoir la dernière victime locale du battage publicitaire halieutique abusif en la personne d'un quinquagénaire atrabilaire, qui, mutisme chevillé au bec par une Gitane Mais parfumant les environs de son délicat arôme, vous régalera de ses lancés énergiques dopés par sa canne LIDL 2000, cette impitoyable machine de guerre au tarif imbattable dotée d'un scion  en fibre de verre d'un jaune fluo très tendance et à l'action plus parabolique qu'un spaghetti trop cuit...Vous tomberez raide dingue de son choix de pattern, certainement issu d'une lecture assidue de la presse spécialisée...



Arky Jig 3/4 oz + Fat Swing Impact 3,8" ramenés pleine balle en travers des vagues cheers


Il y a des générations entières de bars qui sont mortes comme ça d'après le vendeur du rayon pêche clown




Inutile de préciser que tout ce petit monde rentrera bredouille au camping ou dans sa hutte tribale. A moins que charitablement, on considère comme une pêche acceptable  le prélèvement super raisonné d'un alevin de lieu, de quelques vagues athérines ayant eu le temps de sécher dans le seau et d'un infortuné quarteron de crabes pré-pubères raflés au carrelet ? J'avoue me poser humblement la question. 


En attendant… Bonne année et keep on rocking in a free minded world, kids !!!^^

mercredi 12 décembre 2018

La famille s'agrandit...

Alors que le mois de décembre s'écoule, goguenard, vers une trêve des confiseurs obérant les rêves du taquineur de brochets, du houspilleur de perches ou du poinçonneur de sandres contraint par la coutume et les pesanteurs familiales à braver les barrages de gilets jaunes, exploser son taux de cholestérol entre le foie gras et la bûche à l'aspartame, voire subir les conséquences de l'allongement moyen de l'espérance de vie assis face à Tonton Raoul gueulant sur les chômeurs, les Arabes et les drogués tout en postillonnant  tout azimuth avec une régularité métronomique son pinard aux alentours, il est d'usage pour le pêcheur malin de se faire ses petits cadeaux en douce…
La version aliexpress d'un leurre articulé distribué en France par Illex (et vendu pour la modique somme de 34 euros…).
On va rester factuel. C'est la même chose mais vendue 3,50 euros. Choisis ton camp, camarade...
Depuis deux semaines, je reçois au fur et à mesure le résultat de mes emplettes effectuées grâce à mes économies de privilégié et au bon d'achat gagné sur un certain blog. Le premier de ces achats a été un poisson-nageur articulé nageant juste sous la surface, destiné aux pêches estivales et dont la version "bling-bling" est vendue à l'aune de l'épiderme de génitoires dans les échoppes ayant survécu à l'inquisition fiscale héritée de 2000 ans de socialisme (c'est pas moi qui le dit, ce sont les pages roses du Figaro^^). Dix fois moins cher à l'unité sur aliexpress… Et l'on voudrait que je sois sérieux.

Le Mikey 115 Jackall, une mignardise dispendieuse hors de la portée de nos maigres moyens de gagne-petit...
Nullement désireux de m'arrêter en si bon chemin, je me suis aussi offert une imitation de Flap Slap Megabass de fort belle facture, ma foi. Certes, les jours de gloire où j'empilais avec une facilité déconcertante les brochets (et malheureusement brochetons) de certains coins perdus du Marais breton, sont révolus mais qui sait si, un jour prochain, le destin capricieux ne me portera pas en d'autres contrées plus propices à la pêche du Grandgousier requin d'eau douce capable dans ses bons jours de réduire la population française de caniches baigneurs à un niveau tolérable ?
Flap Slap aliexpress… 2 euros et des cacahuètes...
Certes, j'entends bien que de nos jours, le traqueur d'ésocidé se voulant à la page se doit de propulser des parpaings pesant plus lourd que la dette grecque afin de garder un minimum de crédibilité dans la branche. Toutefois, connaissant plutôt bien l'état des cours d'eau sinistrés situés à moins d'une heure de voiture de mon repère, j'ai la faiblesse de considérer qu'un Flap Slap correctement animé peut encore permettre à son heureux utilisateur quelques revigorantes captures. Tout spécialement quand on se procure l'engin à un prix si dérisoire...



Flap Slap Megabass… 34,50 euros prix constaté en boutique… Ouille.

Cédant à l'effet de mode, j'ai acquis un autre simili Whopper Plopper mais en taille 110. Je ne sais pourquoi, j'ai comme la nette impression que ce petit truc rencontrera le succès par l'intermédiaire des mâchoires des bass et des brochets dès qu'il s'amusera à vrombir au soleil du printemps en slalomant entre les myriophylles...

Encore une fois, la version aliexpress fait mieux que tenir la comparaison avec "l'original". Quant au prix d'achat, il emporte tout sur son passage. Au hasard des promotion, c'est entre 4 et 6 Whopper Propplers aliexpress que vous pouvez vous procurer au prix d'un seul River2sea en boutique...
Cela dit, entre nous, le Whopper Proppler vendu aux alentours de 15 ou 20 euros (pour la version la plus lourde) reste tout de même un leurre de prolo par rapport à certains signes ostentatoires de richesse qui sont les apanages somptuaires de la upper class halieutique...
Ah le Z Claw aliexpress… En promotion à 3,50 euros… Alors que le "vrai" (ah ah ah ah…) émarge entre 25 et 30 euros dans toutes les "bonnes boutiques". Si vous voyez la différence en action de pêche, je vous paye des crêpes.
Dans ce monde de faux-semblants, de ministres à gueule de faux-témoin et de chausse-trappes consuméristes qui nous distraient laborieusement en attendant l'Apocalypse et/ou la fin de mois difficile, il faut bien comprendre qu'une boîte de pêche sans Z Claw, c'est un peu comme un député sans casier judiciaire : ça existe mais ça fait franchement pas sérieux.



Bien évidemment, le Z-Claw distribué par un importateur flirtant avec les pratiques du grand banditisme (voire de l'attribution des marchés publics varois) émarge à un niveau si proche du devis du Taj Mahal qu'il n'est qu'un rêve inaccessible pour le salarié moyen ou le chômeur honnête. Sauf si l'on pousse le curseur de la traitrise jusqu'à suivre  mon sinistre exemple en se fournissant à la source du pactole, loin, très loin derrière le rideau de bambous.  Car en allant cueillir l'objet à la source, on l'obtient  pour une somme quasiment dérisoire. Du coup, on se retrouve heureux propriétaire d'un leurre de surface identique à celui vendu par nos "dileurres" hexagonaux à un tarif capable de déclencher une alerte rouge dans le bureau de votre banquier… Je sais, je suis moralement indéfendable. Mais je tiens à vous rassurer : c'est juste pour faire des économies car je n'en conçois aucune vanité !!!^^





vendredi 7 décembre 2018

Aventures au Giléjonistan

Après des années d'atermoiements coupables, j'ai enfin eu l'occasion de découvrir un territoire où je n'avais jamais risqué la bredouille, le gadin dans la vase ou le contrôle inopiné d'un garde-pêche (phénomène rarissime sous toutes les latitudes de notre cher pays, me suis-je laissé dire…). En compagnie de deux fins pêcheurs (dont je voudrais pas saboter l'honorable réputation en révélant publiquement le patronyme^^), c'était une semaine de pêche intensive qui s'offrait à votre bredouilleur mythomane favori… Le lundi après-midi, nous pêchons rapidement une petite conche du marais poitevin. Le succès est plutôt mitigé : une perche pour Thierry, une coupe de brochet pour moi… Sans le savoir, on vient de donner le tempo de la semaine.
Après une année de sécheresse hors norme, les précipitations massives n'ont pas facilitée la pêche.
Mardi, de bon matin, nous partons pêcher la Charente. Aie. L'eau est sur les prés et le courant s'avère plutôt soutenu. Mais au bout du troisième lancer, Thierry s'attelle à un très gros brochet. Le temps que j'arrive avec l'épuisette, c'est le drame. Le monstre a dévalé le courant. C'est la casse inévitable. La journée commence mal. Elle persistera dans son idée de départ. Seul un brochet correct mais nettement moins gros que celui du matin, alors que je venais d'avoir la flemme de remonter un bas de ligne "anti-coupe", me fusille mon shad-palette à mes pieds, au ras de la berge de l'étang où nous nous sommes échoués en fin de session, lassés de lâcher de la tête plombée dans l'eau boulée. Par un coup de chance assez incroyable, le shad a coulé à portée de canne et je le récupère. C'est déjà ça… La soirée va compenser les épreuves de la journée. Quelques verres d'eau de feu et comme par miracle, la cabane des trappeurs retrouve une ambiance d'enfer !!!
Le lendemain matin, après un réveil un tantinet rendu ardu par quelques reliquats du whiskey de la veille, l'infernal trio remonte derechef à l'assaut. Cette fois-ci, nous nous enfonçons encore plus avant dans les farouches contrées du Giléjonistan, cette terre inconnue des énarques mais pourtant chère aux percepteurs de tous poils… Sur les lacs balayés par le blizzard, la couenne tannée par la rude caresse des embruns, malgré notre endurance légendaire de vieux forbans, seul un sandre taquin réveillera en attaquant un Sandra au ras de la berge notre attention mise à mal par, il faut bien humblement le reconnaître, les petites libations de la veille…
Le retour est tout sauf triomphal. Deux bredouilles de suite (et même trois pour ma truffe), ça faisait un sacré bout de temps que cela ne nous était pas arrivé. Du coup, pour la dernière journée du périple, nous retournons aux valeurs sûres… La pêche de la perche en mode finesse.

Hélas, même avec des petits leurres, la pêche n'est pas facile. Nous loupons un nombre proprement hallucinant de touchettes furtives avant de piquer quelques poissons de ci de là… Seules les petites perches semblent être de sortie. Du coup, nous pêchons manifestement trop gros… Ce qui n'est absolument pas grave étant donné que notre seul objectif était à cet instant  de ne pas terminer la semaine totalement capot et de provoquer ainsi la stupéfaction dans le landerneau halieutique hexagonal qui aurait été plongé dans le plus grand des désarrois face à une telle contre-performance.
La perchette, notre éternelle salvatrice… Toujours là pour briser le cycle infernal de la bredouille.
A la vue d'un ciel bien menaçant arrivant de l'océan, nous avons terminé l'aventure sur un petit coin que nous connaissons bien. Là, contrairement à nos attentes, ni perches ni sandres au programme par contre...


Seuls les bass étaient mordeurs en ce début de décembre. Ce n'est pas nous qui allons nous en plaindre, croyez-moi. Heureusement que ces petites machines à transformer de la protéine existent d'ailleurs… Sinon on serait encore plus souvent bredouille par ces temps pour cagouilles et ça finirait par devenir… Heu… Problématique. J'ai pas envie que mon habilitation tous publics saute non plus.


Au terme de trois journées et demie de crapahutages impitoyables pour nos rotules usées, de siestes bucoliques vautré comme un vieux sanglier sur les berges asséchées d'un lac des hauts plateaux du Giléjonistan (alors qu'au loin résonnait le rythme lancinant des tambours traditionnels des tribus locales appelant les indigènes à passer au court-bouillon l'administrateur colonial le plus proche…) ainsi que de mises en pratique d'apéritifs refusant la notion petite-bourgeoise de modération, j'ai dû hélas rentrer en mon domaine. Au final, seuls les poissons auront été discrets, les petits salopiots. A part le monstre retourné avec le shad au coin du bec hanter les eaux de la Charente, bien sûr… C'est le jeu, surtout en cette saison. Pour le reste, ça faisait bien trop longtemps que je n'avais pas passé d'aussi belles vacances. Merci les gars, merci pour tout et, entre nous, j'attends plus que vivement l'ouverture de la truite, histoire qu'on remette ça !!!