vendredi 13 septembre 2019

En attendant les fastes automnaux...


Cela fait déjà une semaine que, délaissant les berges apaisées du marais, j'ai regagné le pandémonium francilien et ses horreurs routières, architecturales et atmosphériques. Pour le moment, me réhabituant péniblement à cet environnement inapte à l'expression de l'introspection bucolique la plus timide, la pêche à la ligne reste un rêve lointain...


C'est bel et bien quand on ne peut profiter à quelques minutes de marche d'un peu d'eau peuplée de poissons bien disposés, au moins la plupart du temps s'entend, que nous apparaît toute l'étendue du bonheur que peut nous procurer une pratique décontractée de la chose halieutique.


En attendant les fastes automnaux, suffoquant sous les particules fines triomphantes en ce début d'été indien, je continue à tenir bon, les prémolaires aussi serrées qu'un budget de chômeur en fin de droit, convaincu contre tout espoir crédible que le meilleur de la saison de pêche reste encore à venir...


samedi 31 août 2019

La terreur du Bayou

Décidé à me reposer d'une manière confinant au fanatisme, c'est d'une tong mutine que je m'en vais défier jeunes pousses d'orties, ronces rampantes et une variété incroyable d'insectes piqueurs insatiables poussant la taquinerie jusqu'à couvrir de micro-cratères purulents mes frêles guibolles. L'enjeu est en effet de taille : vais-je, un jour prochain, contre toute donnée statistique recevable, prendre autre chose que des poissons lilliputiens dans le canal d'à côté ?
Oh bien sûr, rassurez vous, j'ai déjà fourbi à la lumière tamisée de ma mauvaise foi sordide rancie dans l'ombre fielleuse de ma sournoiserie des excuses imparables : les herbiers, les algues, les réserves de pêche où comme de juste tous les bass de plus de 25 cm semblent tenir salon sont autant de facteurs limitants à l'expression pleine et entière de mes aptitudes lunkeristiques...

Qu'à cela ne tienne, ma pugnacité n'ayant pour égale que mon aveuglement rituel sur mes chances réelles de succès lorsqu'il s'agit de tremper du fil dans une eau à la propreté non garantie, malgré ces obstacles redoutables, je persiste dans ma quête et n'hésite donc pas à gratter méticuleusement tous les bons coins potentiels (ou qui étaient des bons coins il n'y a pas si longtemps...).
Force est tout de même de constater qu'après 4 mois d'ouverture et 2 mois de grandes vacances ayant vu défiler moult pêcheurs sur ce parcours facile d'accès, le pin's se mérite... Les bass sont d'une paranoïa digne d'un démocrate hong-kongais et les perches plus dures à trouver qu'une tête de noeud en costard à une réunion de la ripoublique en marche.

Voici donc l'ultime sortie de ce mois d'août chiche en occasion de faire couiner le carbone. Une moisson pléthorique de kiki bass agrémentée d'une pauvre perche... Sous un soleil de feu comme de bien entendu, histoire d'achever la promenade de trois kilomètres par un début de déshydratation. On a pas un métier facile.


vendredi 30 août 2019

Leurres d'été

Arpentant à la prudente les berges escarpées des canaux maraîchins, je suis toujours dans ma séquence de ré-oxygénation mâtinée d'introspection. Qui suis-je ? Où cours-je ? Il va être plutôt urgent de remettre le navire sur les rails et la locomotive à flots si je veux surnager dans le marasme. Contre les noeuds au cerveau et le moral en berne presque autant que Stéphane (mais avec une pilosité faciale digne d'un ragondin portugais tout de même), je ne connais qu'une thérapie valable : persécuter la gent aquatique avec un innocent bricolage. Prenez un poisson-nageur coulant assez dense acheté sur aliexpress mais qui présente toutes les caractéristiques de nage d'un fer à repasser tétraplégique. Collez lui une palette Willow aux fesses. Et vous obtiendrez un petit truc assez sympa pour singer s'agitant sans jamais gîter une ablette épileptique imitant le chanteur d'Indochine en concert !!! Enfin, c'est du moins ce que j'ai la faiblesse de penser en contemplant d'un oeil injecté de sang par les libations de la veille ses évolutions harmonieuses sous la surface du Marais écrasé de soleil.
Repousser sans cesse les limites... Telle est la fière devise du Pinseur.
Une vraie petite merveille que cette initiative qui a transformé un leurre acheté compulsivement et destiné de par son intrinsèque médiocrité à finir au mieux en porte-clés, au pire relégué loin des yeux du monde dans une boite anonyme perdue au milieu d'un garage bordélique...Du coup, j'en use et en abuse... Tout en me disant qu'une version plus costaud ne serait pas de trop dans mon sac. Le seul bémol ne vient d'ailleurs pas du leurre mais est à mettre au passif du pêcheur car j'ai décroché un très beau chevesne pris à vue avec. Les limites des hameçons simples sans ardillon se font jour en des situations comme celle-ci.

Les circonstances m'ont aussi porté en des coins reculés où, jadis, fier et impudent comme je l'étais aux derniers feux de ma jeunesse, je sortais des perches à la chaîne... Hélas, l'irrigation y a prélevé comme ailleurs son implacable tribut. L'eau ne ruisselle plus par dessus la vénérable chaussée et la petite rivière riante de mes souvenirs n'est plus qu'un entrelacs de flaques tapissés d'algues vertes...

Sur d'autres rivières envahies d'algues elles-aussi, on trouve encore quelques trouées où on peut aventureusement placer d'un revers décidé une Mepps n°2 ou un petit leurre de surface... Pour y prendre de temps à autres une survivante ayant échappé à la pugnacité apéritive des hérons locaux...

Dans le Marais, malgré tout, il reste de l'eau et quelques petits bass assez insouciants pour se jeter gueule ouverte sur le moindre petit shad chinois discount destiné aux perches initialement...

Finalement, après moult tergiversations, c'est le Power Tail acheté pour pêcher la truite (ce qui s'est avéré impossible vu les niveaux d'eau déjà catastrophiques au printemps...) qui va me sortir de l'impasse. Je le savais redoutable sur les chevesnes de Loire mais il me restait à constater de mes yeux son potentiel sur d'autres espèces  en eau quasiment stagnante...
Une véritable révélation... Autant sur les perches que sur les bass. Pêchant les "postes-clés" (entrées de conches, berges à l'ombre, abords d'herbiers, piles de pont, etc...) pour ne pas m'éparpiller trop, j'ai pu constater que ce leurre faisait monter des poissons après plusieurs passages infructueux de leurres pourtant considérés comme des valeurs sûres. Profitons donc de l'aubaine.

Il est d'un maniement facile, aussi efficace sur le plan horizontal que vertical et seul son prix de détail empêche de céder à l'impétuosité qui pourrait nous emmener jusqu'à le balancer tout au coeur des obstacles. Il doit donc se "contenter" (et ça marche déjà fort pourtant !!!) de peigner les espaces libres...
Ce qui m'arrange bien, étant donné que sans être l'Harpagon du canal du Mignon, je ne suis pas non plus l'Impécunieux d'Irleau. Merci d'apprécier cette mise au point économique à sa juste valeur. Tout ça pour conclure provisoirement que ça fait un bien fou de marcher au grand air, en évitant parfois par un malentendu absolument improbable ou le truchement inattendu d'un leurre-miracle la Bredouille...


jeudi 29 août 2019

Mise au vert


Alors qu'éclosions massives de tipules, petits matins frisquets et disparition inquiétante des tongs et des paréos remplacés inexplicablement par des cahiers de classe, agendas et autres ustensiles diaboliques en têtes de gondole semblaient vouloir nous prévenir que le temps du joug du cartable arrivait, il était temps de quitter quelques temps la vie parisienne et ses horreurs. Place à un peu de repos et à quelques parties de pêche...


Le repos aussi rentre en ligne de compte, surtout après des mois d'implication sans calcul ni recul. Les choses étant ce qu'elles sont sur la terre, on en sort jamais intact quand on s'est engagé sincèrement. On a beau le savoir, cela fait toujours aussi mal quand on se rend compte que la Justice reste à la Vérité ce que les Télétubbies sont au MMA...


A côté de cela, faire des photos de poissons, marcher dans le Marais, respirer de l'air un peu moins parfumé au diesel qu'ailleurs, tout ça paraît bien dérisoire. Mais c'est pourtant ça, vivre, tout simplement. Oublier quelques minutes, quelques heures, quelques jours qu'à mon âge dit "mûr", si tu te retournes sur le chemin, tu contemples un désert où les oasis verdoyants n'étaient au fond que des mirages de seconde zone et si tu regardes trop loin devant, tu ne devines que trop bien le Néant qui tous nous attend.


Bref, en attendant que je trépasse, je passe mon spleen sur les petits bass. 



vendredi 9 août 2019

A la poursuite du "Requin du Danube"...

Le premier aspe d'une carrière de pêcheur, un grand moment de bonheur !!!
L'aspe, objet de toutes les convoitises des pêcheurs qui n'ont pas encore (mais cela ne saurait trop tarder) bénéficié de son expansion, est un poisson qui se mérite. Ils sont bien lointains désormais les temps héroiques quand, avec une simple Mepps n°2 ramenée à la frénétique, on en siphonnait des bancs entiers sans forcer plus que ça notre talent (pourtant déjà remarquable pour notre âge). Car si l'on excepte les indécrottables viandeurs compulsifs, nulle personne douée de raison et à fortiori de quelques notions culinaires ne se risque plus à consommer ce cyprinidé plein d'arêtes qui est un peu au sandre, culinairement parlant s'entend, ce que Murielle Bolle est à Nicole Kidman... Nous nous retrouvons donc face à des générations de poissons ayant déjà goûté à la morsure de l'hameçon.

En ce début du mois d'août, un autre facteur entre en ligne de compte. La Loire, de mémoire de licheur de muscadet rougeaud et peloteur averti de lavandières, n'a jamais été aussi basse. Elle est par ailleurs d'une limpidité assez hallucinante. Ce qui permet toutefois de compter les barbeaux dans les rares zones de courant abordables du bord... Pour résumer les choses, hors de l'aube et du crépuscule, point de salut. Les poissons sont d'une rare inactivité et seules de loin en loin quelques perches daignent se laisser secouer, victime d'artifices antédiluviens, certes, mais toujours efficace en conditions difficiles !!!
Pourtant, vu que nous sommes une belle et joyeuse bande de bandits insolents, drôles et larges d'épaules comme l'aurait dit Bernard Lavilliers s'il était venu bouffer de la poussière avec nous, nous nous sommes acharnés à pêcher en pleine cagnasse sans lâcher l'affaire ni nous enfuir lâchement pour noyer notre spleen de bredouilleurs de l'extrême à grands renforts de picon-bières sous les parasols tentateurs de l'estaminet le plus proche... 


Non, on a attendu la fin d'après-midi. On sait se tenir, que diable !!! Que dire d'autre ? Sinon que cet été est le troisième de suite où on bat records de chaleur et d'étiage sans que nulle part, on ne tire la sonnette d'alarme... Les chiens meurent en se baignant. C'est désormais normal. Banal. A peine mentionné dans les pages "faits divers"de la Nouvelle République, de Ouest France ou autres feuilles de choux perdues dans des terroirs plus enclavés qu'un club échangiste au Waziristan...

Difficile de prendre du plaisir à la pêche quand on a une certaine conscience environnementale. C'est sûr que si on ne voit le poisson que comme une façon de se polir le Chinois en mondiovision, la sécheresse reste un épiphénomène à peine digne d'un intérêt poli quoique fugace. Quand on se projette dans un avenir proche, on ressent plus de l'angoisse, voire de la culpabilité pour les générations futures... Restera-t'il de l'eau en 2050 ?
Quand la chaleur accable les ferrailleurs, doit-on abandonner toute espérance ? Non affirme fièrement le Moucheur !!!
On a sans doute déjà notre réponse. Le silence assourdissant des clampins de l'étage du dessus, plus occupés à ne pas se faire choper avec les mains dans le pot de confiture, les homards sur la table ou le pantalon sur les chevilles qu'à se pencher sur les VRAIS enjeux, marque bien l'inexorable issue. On réagira quand il sera trop tard. Et on y est sans doute déjà...
Nos conseillers clientèle, toujours à l'écoute et d'une sobriété égalant celle du chameau prohibitionniste...
En attendant le jour où la goutte d'eau sera plus chère que celle de gazoil aujourd'hui, il ne nous reste qu'à profiter des bons moments que nous offre encore, malgré tout, notre fâcheuse propension à balancer des trucs dans l'eau et à les ramener en espérant contre toute logique qu'un poisson le trouvera assez appétissant pour le croquer. Car si certains olibrius surnomment l'aspe le "requin du Danube", cela doit tout de même receler un petit fond de vérité. Sinon on ne l'aurait pas lu dans le journal...




Escapades nomades

Deux ans d'abstinence forcée avant ces retrouvailles jubilatoires avec le float-tube... 
Entre tous les impératifs auxquels je dois faire face avec la vista d'un Super Mario défiant la circulation du périphérique de Shangai, il arrive par miracle que, défiant incendie, canicule et camion renversé sur l'autoroute, l'on parvienne à souffler deux jours au milieu du Shrekistan. Une matinée de palmage plus tard, je suis redevenu ce fier triton des conches si souvent décrit par la dithyrambique rumeur publique !!!^^
C'est pas bien gros mais qu'est-ce que ça fait plaisir !!!

Fini le banlieusard aux mollets flasques, l'hypocondriaque du RER, le terne Éloïs geignard couinant parmi les autres... Le baroudeur à l'épiderme tanné par le soleil impitoyable de l'été maraîchin peut rugir à nouveau. 
Un peu de bricolage en mode friandises à perches...
Mais, quand les servitudes m'accablent, que la fatigue me frappe et que je me morfonds aux confins de la capitale, je bricole à mes moments perdus quelques petites mignardises qui, un jour prochain, me vaudront l'attention déchaînée de toutes les perchettes sises aux alentours... C'est du moins l'idée motivant le processus.

Les petites coques disponibles sur aliexpress sont décidément de bien belle facture.

A proprement parler, j'ai accumulé plusieurs mois de retard sur les réalisations "maison". Heureusement que les enfants me donnent de temps à autres un petit coup de main sinon j'en serais quitte pour repousser l'ouvrage jusqu'à l'année prochaine.
La première oeuvre halieutico-chromatique de Vincent, 7 ans. On sent l'artiste en devenir !!!^^

Bref, malgré les évènements chronophages se bousculant au portillon de mon emploi du temps et l'incongruité géographique qui m'éloigne de tout endroit intéressant à pêcher, on peut encore se créer quelques espaces de liberté pour aller décorer les nénuphars de quelques petits leurres. Profitons donc sans hésiter... 

mardi 30 juillet 2019

Trappeur (et sans reproche^^)

On dit que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Modérons tout de suite cette assertion. Quand on se lève tôt en cet été de feu, ce qu'on récolte, ce sont de rares perchettes. Ce qui ne nous rend guère enclin à nous extirper des bras de Morphée aux aurores... On a beau se vautrer dans le pinsage depuis belle lurette, on a tout de même le droit de vouloir rester digne et propre dans l'adversité. Poil au nez.
De plus, à mesure que l'astre solaire s'élève au dessus de nos têtes accablées de chaleur, l'intérêt de se faire rissoler la couenne au bord de l'eau devient aussi ténu que les chances de Cyril Hanouna d'accéder à la publication dans la Pléiade. Au moins de son vivant. Du coup, la pêche devient un rêve lointain, un souvenir vaporeux, un fantasme doux-amer...
Une idée neuve : les combats clandestins d'écrevisses à pattes rouges. Un bon moyen pour générer du cash et mettre les plus jeunes au contact d'une branche professionnelle qui ne connaît pas la crise : le grand banditisme.
Sauf quand, par un effort surhumain quand on connaît le prix du diesel, on part quelques jours aux confins du bayou afin de nous aérer un petit peu. Là encore, le temps a fait défaut pour titiller les bass. Mais nous nous sommes vengés sur un petit animal invasif bien agréable à décortiquer le soir venu... Finalement, cette bestiole est bien pratique pour inculquer aux générations montantes un peu de notions de survivalisme sans pour autant porter (il fait trop chaud) un chouette bonnet en fourrure de raton laveur !!!
D'autant plus que la Reine de la Sauce américaine nous a régalé de ses talents culinaires. Cela m'a un peu consolé de n'avoir pas eu le temps de traquer les gobeurs de libellules. Ce sera pour la prochaine fois. Le séjour s'est avéré trop bref et il a été nécessaire de repartir vers ces contrées sinistrées qui nous hébergent en ce moment...


Là, c'est la canicule accompagnée d'un cortège d'incendies exceptionnels pour la région qui attendait nos frêles organismes. Comment peuvent faire des soldats du feu pour éteindre les foyers faisant rage alentours quand les étangs forestiers sont vides ? Bonne question concernant la gestion environnementale, non ?
Une sous-préfecture des Yvelines encerclée par les flammes... Comme un petit air de fin du monde.
A titre personnel, ayant passé un après-midi sur la route, perdu par 44 degrés Celcius dans un océan de blé plus sec que le réservoir d'empathie de Nordhal Lelandais, tout en observant au loin les champs en train de cramer, je n'ai pas plus que ça envie de renouveler cette expérience évoquant par moment une certaine littérature...

Bref, il n'y a plus grand chose d'autre à dire devant ce désolant spectacle. Des milliers d'hectares partent en fumée en une après-midi et seul un orage d'une violence exceptionnel permet de stopper l'incendie. Histoire de bien prouver aux misérables créatures que nous sommes leur impuissance à contrer les effets engendrés par leur incapacité à changer leur mode de vie ainsi que leur vulnérabilité totale face aux inéluctables catastrophes qui s'annoncent...